ACTE IV, SCÈNE I
Dans le vague avenir ma raison se promène. Le bruit de mon trépas , à Selma parvenu , Pour m'en fermer l'accès , m'aurait-il prévenu iJ Si celui qui me croit victime du naufrage , Si le barde, avant moi jeté sur ce rivage, Au trop docile Oscar avait déjà porté D'un imprudent époux l'expresse volonté ! J'en frémis... Malheureux! ah ! je sens à la flamme , A l'amour, par l'absence irrité dans mon âme, Qu'ingrat envers celui qui m'aurait obéi , Pour être trop aimé , je me croirais haï. Mon âme , à ce penser , de fureur est saisie. Que dis-je ! injuste plainte, injuste jalousie ! Me sied- il d'accuser? ne l'ai-je pas voulu Cet hymen , qui déjà ne peut être conclu? Ah ! lorsque je touchais au terme de ma vie, D'un père au désespoir c'était l'unique envie!... De peu d'instants le barde aurait pu précéder Mon retour, que mon fils pouvait seul retarder. N'en doutons plus , après de si longues misères Je vais enfin revoir le palais de mes pères ! Je vais enfin presser sur mon cœur attendri Mon enfant , mon épouse , et le plus tendre ami ! Et toi , dans mon bonheur dont je jouis d'avance, Oscar , tu vas aussi trouver ta récompense ! Doux espoir, à mon cœur conserve ton appui! J'entends du bruit... Carril !... Ce n'est pas encor lui! A travers les forêts, la nuit et le silence,
292 OSCAR
A pas précipités, quelqu'un pourtant s'avance. Parle, qui que tu sois; quel est ton nom?