‹ ThéâtreChapitre 174 sur 210 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

DERMIDE.

A la fureur des eaux pourquoi suis-je échappé ? Malheureux !

OSCAR

Pour trouver dans l'ami qui t'implore Un mortel mille fois plus malheureux encore; Car tu ne connais pas l'excès de mon tourment : Comment te l'exprimer, fatal ami, comment Te peindre une douleur , un supplice , un- martyre , Plus cruel , plus affreux que je ne puis le dire ? Il est là... Sur ce cœur qui cherche à respirer Mets un moment la main qui doit le déchirer ; Mets, te dis-je, et frémis. Sens-tu comme il palpite? En bouillonnant , sens-tu comme il s'y précipite " 4 Ce sang , qui court puiser dans ce cœur allumé Ces torrents embrasés dont je suis consumé ? Croiswtu que cette fièvre inextinguible , ardente , Qui , jusqu'entre tes bras , me sèche et m'épouvante , Soit l'effet passager d'un caprice ou d'un jour ? C'est celui de l'amour, mais d'un constant amour, Mais d'un premier amour accru par le silence , Et qui devient fureur en perdant l'espérance! Oui , fureur, et je cède à son ordre fatal...

DERMIDE.

Mon ami!

OSCAR

Ton ami! moi! je suis ton rival.

Crois-tu m'ôter , me rendre , au gré de ton envie ,

ti$S OSCAR.

Un bien qui m'est plus cher que l'honneur et la vie ? Avant que de mes bras tu puisses l'arracher , Sache que sur mon corps il te faudra marcher. Dans mon cœur tout sanglant viens donc me la reprendre. Des pleurs! sont-ce des pleurs que nous devons répandre? Du sang !

DERMIDE.

Eh bien , du sang ! Après de tels aveux , La terre ne peut plus nous porter tous les deux.

OSCAR

Tu l'as dit.

DERMIDE.

Ta fureur ne sera pas trompée.

Que fait à tes côtés cette inutile épée ?

La mienne impatiente est prête à prononcer;

Dans ces mains, malgré moi, je la sens se placer.

Défends-toi.

DERMIDE.

Venge-toi ; tout le veut , tout l'ordonne ; Qu'à tout son désespoir ton amour s'abandonne : J'ai causé tes malheurs et j'en suis le témoin; La mort est désormais mon unique besoin : Hors de moi comme en moi , mon supplice est extrême ! Que dis-je ! à ta fureur suis-je étranger moi-même ? Non : et je le sens trop à mes transports jaloux , Je sens que je suis père et que je suis époux.

( Il tire son épée. )

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