‹ ThéâtreChapitre 173 sur 210 · ACTE IV, SCÈNE II. S · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II. S

Cet affreux sentiment de ton cœur irrité?

Loin d'imaginer rien qui doive armer ta rage,

Je ne trouve entre nous qu'un mutuel partage

De travaux , de plaisirs , de malheurs , de vertus ,

Que bienfaits acceptés, et que bienfaits rendus.

J'interroge mon cœur, j'interroge ma vie,

De l'instant où naquit l'amitié qui nous lie,

Jusqu'au premier instant qui l'ait pu démentir;

Je ne sais pas pourquoi tu pourrais me haïr.

Hélas ! jusqu'à ce jour où le sort homicide

Me sépara d'Oscar, te ravit à Dermide,

Dans la paix, dans la guerre, en nos murs, en nos bois,

Sous une même tente, ou sous les mêmes toits,

Tout à cette amitié, qu'à mon tour je réclame,

Nous n'avions qu'un désir, qu'un intérêt, qu'une âme!

Un accord si touchant pourrait-il bien finir?

Le sort nous sépara : veux-tu nous désunir ?

Veux-tu rendre éternels les tourments de l'absence?

Ne les connais-tu pas, Oscar? Sans espérance,

Vers toi, de mon exil, j'ai si long-temps crié,

Si long-temps de mon être appelé la moitié;

Tu ne m'entendais pas ! ah ! quand tu peux m'entendre,

A de plus grands malheurs s'il faut encor m'attendre;

Si mes pleurs , si mes cris ne peuvent t'attendrir ,

Comme toi, désormais, je n'ai plus qu'à mourir.

OSCAR

Mourir ! non , c'est à toi de vivre et de me plaindre. Mon ami, crois surtout que rien ne peut l'éteindre

296 OSCAR

Ce premier sentiment de mon cœur enflammé,

Que ta tendresse en vain n'a jamais réclamé.

Il doit nous séparer pour peu qu'il dure encore ;

Il nous séparera... Toi, qu'en tes bras j'implore,

Au nom de tous les biens qu'il te faudrait quitter ,

Jure à mon amitié de ne pas l'imiter.

Mourir! ah! loin de toi cette exécrable envie!

Insensé, peux-tu bien ne pas aimer la vie?

Epoux de Malvina , réfléchis sur ton sort ;

Réfléchis , et frémis au seul nom de la mort ,

Ce terme d'un bonheur qui t'enchaîne à la terre.

Jouis ; et laisse , ami , le vœu de la misère

A celui qui , lassé d'en traîner le fardeau ,

Ne peut s'en affranchir qu'en fuyant au tombeau.

Plus que le sort , crois-moi , ne te sois pas barbare.

Cher ami, si ce sort cruellement bizarre

T'entraînait , malgré toi , dans un malheur certain ,

Par l'attrait d'un bonheur prompt à fuir sous ta main ;

Si tes devoirs, soudain, s'étaient changés en crimes;

Sous tes pas innocents pour creuser des abîmes ,

Bien plus , si l'amitié s'alliait en ce jour

Au plus involontaire , au plus ardent amour ;

En proie à tous les maux qui pèsent sur ma tête ,

Tu pourrais...

DEKMID E.

Je t'entends : arrête , Oscar , arrête !

OSCAR

Si tu m'entends , pourquoi ne m'as-tu. pas frappé ?

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