‹ ThéâtreChapitre 183 sur 210 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Au moment où l'enfant s'endort sur le tombeau.

DERMIDE.

Pauvre enfant!... il s'endort !

Un même lit unir le sommeil et la mort !

( Montrant l'enfant. ) Là-dessus le repos :

( Montrant le tombeau. ) là le repos encore!

Partout! hors dans ce coeur que le chagrin dévore; Ce cœur, qui vainement s'épuise à terrasser Le malheur, qu'il sait vaincre et qu'il ne peut lasser Carril ne revient pas!... Toujours plus incertaine, Dans le vague avenir ma raison se promène.

5i6 VARIANTES D'OSCAR.

Le bruit de mon trépas à Selma parvenu,

Pour m'en fermer l'accès m'aurait-il prévenu ?

Si celui qui me croit victime du naufrage,

Si le barde, avant moi jeté sur ce rivage...

Mais non; depuis l'instant qu'à la mort échappé,

J'ai franchi de l'Arven le sommet escarpé,

Trois fois l'astre du jour, remplissant sa carrière,

A l'univers à peine a rendu la lumière.

De peu d'instants le barde aurait pu précéder

Mon retour, que mon fils pouvait seul retarder.

N'en doutons plus, après de si longues misères

Je vais enfin revoir le palais de mes pères !

Je vais enfin presser sur mon cœur attendri

Mon enfant, mon épouse, et le plus tendre ami!

Et toi, dans ce retour, dont je jouis d'avance,

Oscar, tu vas aussi trouver ta récompense :

Et quel plus digne prix de ces soins généreux

Qui, malgré les destins, m'ont forcé d'être heureux!

Carril ne revient pas!... Dans sa marche tremblante,

La courrière des nuits s'avance encor moins lente

Que ce vieillard courbé sous le fardeau des ans :

Du malheur qui s'enfuit que les pas sont pesants!

On gémit... c'est Carril!... c'est mon fils qui s'éveille!...

C'est l'aquilon plaintif qui trompe mon oreille!

Que dis-je! écoutons bien... j'entends encor du bruit!...

Carril! Carril! Eh, non! c'est l'oiseau de la nuit,

Qui, venant m'effrayer d'un sinistre présage,

De son aile, en fuyant, fait frémir le feuillage...

Doux espoir, à mon cœur conserve ton appui !

Le bruit renaît !... Carril !... Ce n'est pas encor lui !

VARIANTES D'OSCAR. 3i7

On s'avance pourtant vers ces retraites sombres!

Dans la nuit, des héros n'y voit-on pas les ombres,

Abandonnant, des airs les palais éternels,

De leur prochain trépas avertir les mortels?

Eh bien! qu'annoncés- tu, fantôme illustre?... approche!...

A la crainte étranger, aussi bien qu'au reproche,

Je t'attends : parle donc, quel est ton nom?

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