‹ ThéâtreChapitre 19 sur 210 · ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL

Moi ! je ne le suis plus; ce nom m'est une injure; Mon cœur le désavoue, et ma bouche l'abjure. Ainsi que Rome, ardent à te persécuter , Si le monde est ingrat , tu dois m'en excepter. La faveur de Sylla n'offre rien qui me flatte : En vain pour me séduire à mes yeux elle éclate ; Je préfère le sort d'un obscur citoyen A ces honteux honneurs payés de tout le mien. Le crime autorisé n'en est pas moins un crime. Daigne te confier au zèle qui m'anime.

Ah ! si par le malheur ton cœur n'est pas changé , Tu dois craindre la mort quand tu n'es pas vengé : Soumets-toi donc à vivre. En secret, en silence, Réfléchis ta fureur et mûris ta vengeance. Laisse tes ennemis, abusés sur ton sort , S'endormir follement sur le bruit de ta mort : Fais suivre ce sommeil par un réveil funeste. Tu dois tout espérer , puisque ton nom te reste : Le seul nom d'un héros enfante des soldats ; Tu les verras en foule accourir sur tes pas , Honteux de leur caprice et de leur barbarie , Contre tes oppresseurs diriger leur furie ,* Te consacrer leur bras , te prodiguer leur sang , Racheter un forfait par un bienfait plus grand.

M a r 1 u s. Ami, je reconnais, à ce noble langage, D'un digne vétéran l'inflexible courage.

3o MARIUS A MINTURNES.

Nos deux cœurs sont d'accord , et tu m'as répété

Ce que l'honneur au mien avait déjà dicté.

Le trépas seul éteint l'espoir au cœur de l'homme ;

Et Rome peut encor se retrouver dans Rome.

Mais apprends-moi ton sort , apprends-moi quels revers

Ont fixé ton séjour au fond de ces déserts.

AMICLAS.

J'y réside exilé par un arrêt suprême.

MARIUS

Et cet arrêt , ami , qui l'a signé ?

AMICLAS.

Toi-même.

MARIUS

Achève : sans détour dis-moi la vérité : L'arrêt était injuste ?

AMICLAS.

Il était mérité; C'était un châtiment , et non pas une offense. Viens voir qu'il est encor quelque reconnaissance.

MARIUS

Ciel , si tu veux punir les crimes du sénat , Donne à tous mes amis le cœur de ce soldat !

( Il entre dans la chaumière. ) AMICLAS.

J'aime cette fierté que rien ne peut abattre : Jusqu'au dernier soupir, pour toi je veux combattre, Reçois-en mes serments , tu peux compter sur eux : Je ne suis qu'un soldat , et tu n'es pas heureux.

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