AMICLAS, LE JEUNE MARIUS
AMICLAS.
Qui s'approche?
LE JEUNE MARIUS
Un vieillard a-t-il , malgré l'orage , Traîné ses pas errants jusqu'en ce lieu sauvage ? Réponds-moi.
AMICLAS.
Je l'ignore. A cet infortuné Quel intérêt prends-tu ?
LE JEUNE MARIUS
Rome l'a condamné; Sa tête est mise à prix. Ministre de vengeance , J'apporte du sénat l'ordre et la récompense. Tu peux la mériter en livrant dans mes mains L'ennemi de Sylla , l'ennemi des Romains.
AMICLAS.
Quel est cet ennemi? de quel horrible crime Cet ingrat citoyen doit-il être victime ?
LE JEUNE MARIUS
Soutenu par le peuple , il dispute à Sylla L'honneur d'aller combattre un autre Jugurtha(:. Le sénat l'en exclut, et le peuple le nomme.
Le peuple, de tout temps , fut l'appui du grand homme ; Et souvent le sénat fut jaloux des vertus. Mais apprends-moi le nom du proscrit.
LE JEUNE MARIUS
Marius.
Marius î C'est son sang que le sénat demande ? C'est son sang qu'à Sylla tu prétends que je vende ? Pour acheter sa tête, il faut l'apprécier: Sais-tu quelque trésor qui la puisse payer ? Si le sénat se montre assez bas , assez lâche , Pour souiller ses décrets de cette indigne tache, Cherche ailleurs un Romain qui ne frémisse pas De partager sa honte en lui prêtant un bras. Le mien , loin d'obéir à cet ordre homicide , Deviendrait d'un héros le vengeur et le guide. Partout où de l'honneur l'empire encor s'étend , Marius est bien sûr d'en rencontrer autant. Va le dire à Sylla.
( Il s'éloigne dans le fond de la scène. ) LE JEUNE MARIUS.
Transport vraiment sublime î Expression d'un cœur révolté par le crime! Homme simple et sensible , ah ! ne me quitte pas : Tu m'as fait oublier qu'il était des ingrats. O patrie ! ô nature ! exaucez ma prière , Guidez mes pas errants sur les pas de mon père.