‹ ThéâtreChapitre 192 sur 210 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Leur honneur, leur orgueil serait-il offensé,

Si , digne d'achever ce qu'ils ont commencé ,

Un vainqueur obtenait, pour prix de son courage,

Le droit de consommer la perte de Carthage?

Et de tous les Romains, pourrais-je le nier,

Seigneur, non pas le seul, mais du moins le premier

Qui doive être appelé par le commun suffrage,

Par le mien , par le vôtre , à finir votre ouvrage ,

N'est-ce pas ce héros, ce même Scipion

Dont vous méconnaissez la noble ambition ?

En qui donc plus qu'en lui se peut-il qu'on admire

Cet ascendant qui fonde ou relève un empire ?

Et quel autre jamais fît chérir à l'état

Un meilleur citoyen dans un meilleur soldat ?

De tant d'illustres faits sa vie est déjà pleine ,

Que la gloire le tient pour un vieux capitaines

Guerrier avant d'être homme , à l'âge où l'on apprend ,

Adolescent à peine, il était déjà grand,

Et dans un jour de deuil trouvant un jour prospère,

En essayant son bras , il délivrait son père 7 :

Jamais près du péril a-t-il délibéré ,

Et du salut public jamais désespéré 3 ?

Dans les camps , aux conseils , les héros et les sages

S'étonnent de lui voir les vertus des deux âges.

Hardi pour concevoir, habile à préparer,

Il peut tout entreprendre, il sait tout réparer-

Et ne trouve de borne à sa gloire inouïe

Que celle de la force ou plutôt du génie.

Voilà ce qu'on en pense, et je ne conçois pas Qu'on ait pu si long-temps prolonger les débats. Le choix n'est pas à faire ; oui , s'il m'était propice , J'y verrais la faveur et non pas la justice : J'aime Rome avant tout ; et dans ce jour fatal Je forme , malgré moi , des vœux pour mon rival. Mais je l'aperçois.

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