LE DRAME DE SCIPIOIN
Ainsi les Marcius, les Brutus , les Gamilles...
On n'obtenait pas le consulat, du temps de la république, sans avoir sollicité les suffrages du peuple. L'épreuve fut dure pour l'orgueil de quelques patriciens, et particulièrement pour celui de C. Marcius, surnommé Coriolan. Les prétendants au consulat, comme aux autres magistratures, prenaient l'habit blanc {yestis candidà) pour être remarqués : de là le nom de candidat et de candidature.
En essayant son bras , il délivrait son père.
Scipion n'avait pas encore dix-huit ans quand il sauva Cornélius Scipion, son père, à la bataille du Tésin. Ce consul était enveloppé par les Carthaginois : écartant les ennemis à coups d'épée, son fils se fait jour jusqu'à lui, et, seul, le tire de danger, au moment où il allait être pris ou tué.
Jamais près du péril a-t-il délibéré , Et du salut public jamais désespéré?
Après la bataille de Cannes, le soir même qui suivit cette déplorable journée, Scipion s'était retiré dans une ville voisine qui tenait encore pour les Romains ; il apprend que de jeunes guerriers appartenants comme lui aux premières maisons de Rome, rassemblés chez un certain Métellus, et désespérant du salut de la république, avaient formé le dessein de s'embarquer et d'abandonner l'Italie: saisi d'indignation et résolu de s'opposer, au péril même de sa vie, à l'exécution d'un si lâche complot , « Que ceux à qui le salut de Rome est cher me « suivent, » dit-il aux officiers qui se trouvaient autour de lui; puis se mettant à leur tête, quoiqu'il ne fût alors que simple tribun dans une légion, il va droit à la maison où se tenait le conseil; là, l'épée à la main , « Je jure, dit-il, que je n'a- « bandonnerai jamais la république, et que je ne souffrirai pas « qu'aucun de nos citoyens l'abandonne ; » et s'adressant à Métellus , « 11 faut que toi et ceux qui sont ici vous fassiez le même « serment , sinon je vous tue. » Cette menace , et peut-être encore plus l'exemple d'un si vrai patriotisme, eut son effet. Le serment fut prêté et gardé.
J^avais mou oucle ensemble et mon père a venger.
Quand Scipion, à l'âge de vingt-quatre ans, fut nommé
SUR SGI PION. 365
proconsul on Espagne, il y remplaçait Cornélius Scipion, son père, et Cnéus Scipion, son oncle, qui, après de grands succès obtenus par leurs forces réunies , éprouvèrent de grands désastres, pareequ'ils les avaient séparées. Tous les deux perdirent la vie sur le champ de bataille, Cornélius en combattant contre Magon et Asdrubal, fils de Giscon, et Cnéus en combattant contre Asdrubal, fils d'Amilcar, auquel les deux au ttes généraux s'étaient joints après la défaite de Cornélius Scipion.
5 page V»8.
La nouvelle Carthage est conquise en un jour.
La prise de Carthagène fut, en Espagne, le premier exploit de Scipion. Ses troupes ayant été repoussées à un premier assaut, il avait fait sonner la retraite, mais c'était pour en livrer un second avec plus d'avantage. Sachant qu'un étang qui défendait la ville était guéable à la marée basse, pendant que l'attaque renouvelée sur les autres points occupait la garnison du côté de la terre, il fit marcher cinq cents hommes à travers cet étang devenu praticable, et entra dans la ville par ce côté, qui n'était pas défendu, pareequ'on le croyait inexpugnable.
L'un et l'autre Asdrubal se résout à la fuite.
Asdrubal, frère d'Annibal , fut vaincu par Scipion sur le Tage : de là avant passé en Italie pour conduire un renfort à
son frère, il franchit les Pyrénées, les Alpes ; mais, attaqué sur les bords du Métaure par les consuls Livius et Néron, il perdit la bataille et la vie.
Asdrubal, fils de Giscon, défait aussi par Scipion, fut obligé de repasser en Afrique.
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Magon , plus malheureux , après un vain effort...
Magon, frère d'Annibal et d' Asdrubal, après avoir résisté long-temps contre la fortune de Scipion, fut obligé de céder aussi. Il quitta, non sans lavoir pillée , Cadix, la seule ville qui restât en Espagne aux Carthaginois. Après avoir erré quelque temps sur la Méditerranée, il fit une descente en Ligurie, et dévasta la ville et le territoire de Gênes.
Il a laissé son nom à un port de l'île de Minorque, portus Mogonis y aujourd'hui Port-Mahon.
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Trois consuls partageant le sort de leui's cohortes...
Ce vers rappelle la mort de Flaminius, de Paul-Émile et de Marcellus, tués, le premier àTrasymène, le second à Cannes, et le troisième dans une embuscade qui lui fut dressée par Annibal. Tous trois étaient consuls. Marcellus, qui par sa valeur impétueuse avait souvent triomphé d'Annibal, fut nommé l'épée des Romains , comme Fabius, qui par sa prudence l'empêcha de consommer la ruine de Rome, en fui nommé le bouclier.
SUR SCI PION. 3C7
Oui , périsse Carthage !
Caton l'ancien commençait et finissait tous ses discours au sénat par ces mots : Delenda est Carthago.
Rome au-delà des mers peut tenter des conquêtes.
Ce discours est conforme aux opinions et souvent même aux expressions données par Tite-Livc à Fabius Maximus. Ce vieux dictateur s'opposa dans le sénat avec tant de vigueur et d'opiniâtreté au projet de Scipiôn, que le peuple l'accusa de jalousie. Fabius , sans être jaloux, pouvait ne voir qu'un excès de présomption dans un plan conçu par un génie tout-à-fait opposé au sien; mais en ce temps-là, comme au nôtre, on était enclin à prêter des motifs injurieux aux opinions produites par les causes les plus honorables.
Voyez, pour cette note et pour l'autre, le XXVIIIe livre de l'Histoire de Tite-Live.
11 page 358.
Que le prix du vaincpieur soit désormais Carthage.
Nous ne pouvons que répéter , au sujet du discours de Scipiôn, ce que nous avons dit au sujet de celui de Fabius : l'auteur s'est appliqué à y fondre celui que Tite-Livc prête à ce héros. Quant au projet de Scipion, il était hardi sans doute, mais il était de ceux qui souffrent l'examen , et se défendent à la discussion: aussi le sénat, quoique ébranlé par l'autorité de l'opinion de Fabius , ne repoussa-t-il pas le projet de son jeune rival.