TRAGEDIE
Après avoir mis au théâtre le sujet de Lucrèce, M. Àrnault s'occupa du caractère de Zénobie: il crut que cette héroïne, si célèbre par ses succès et ses revers, que cette reine de Palmyre, qui survécut à l'empire qu'elle avait fondé, n'était pas un personnage moins théâtral que Sémiramù , et pouvait, grâce à d'heureuses combinaisons, devenir tout aussi dramatique.
Nous ne savons pas si le plan de M. Arnault eût rempli son attente; il n'est exécuté qu'à moitié: l'auteur s'est arrêté au milieu du troisième acte.
Le découragement qui lui fit suspendre ce travail tient aux circonstances où se trouvait alors la France : c'était en 1 798 ; la république s'y établissait, et les rois n'y étaient plus soufferts , même sur le théâtre.
Remettant l'entière exécution de son sujet à une époque où les esprits seraient revenus à plus de modération, M. Arnault abandonna Zénobie et composa sa tragédie de Cincinnatus .
L'époque désirée arriva; il n'en continua pas moins à entreprendre des ouvrages nouveaux, et ne reprit pas un travail sur lequel il s'était refroidi. A-t-il eu tort, a-t-il eu raison? C'est ce que nous n'osons pas décider. Autant qu'on en peut juger par ce que nous avons sous les veux, M. Arnault s'était imposé de grandes difficultés. Mais les difficultés commandent de grands efforts, et par cela même produisent souvent de grandes beautés.
L'époque à laquelle se rattache l'action de cette tragédie,
toute d'invention, n'est pas celle de la ruine de Palmyre, n'est pas celle de la captivité de Zénobie , mais l'époque de sa plus grande gloire.
Quelques fragments de Zénobie, lus dans une séance publique de l'Institut, furent accueillis avec faveur et ont été insérés dans plusieurs recueils. Nous pensons qu'on les retrouvera avec plaisir dans ce volume, où nous aurions inséré en totalité ce que M. Arnault a fait de cette tragédie, s'il était certain luimême de ne jamais la terminer.