‹ ThéâtreChapitre 34 sur 210 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MARIUS

Enfin je touche au comble des revers , Et l'espoir, dans les maux dont mon âme est atteinte, Ne m'est pas plus permis que ne le fut la crainte. Du destin qui m'attend dois-je m'inquiéter ? Je m'en occuperais, si j'en pouvais douter; Si du sort , désormais , l'impossible inconstance Me permettait encor d'entrevoir la vengeance ; Si , jusqu'en ces cachots, cette douce lueur Pouvait briller encore , et ranimer mon cœur. Mais non ; de tous côtés la haine m'environne. Hors ma gloire et ma force , ici tout m'abandonne. Vivons dans le passé. Qu'importe l'avenir ? Il médite un forfait qu'il doit aussi punir. De fatigue accablé durant la nuit entière , Je sens que le sommeil pèse sur ma paupière. Ne peut-il à mes maux mêler quelque douceur ? Rêver que je me venge est encore un bonheur ! Dans mon sein , consolé par un si doux mensonge , Que le fer des bourreaux à coups pressés se plonge ; Qu'au sommeil succédant , la mort ferme mes yeux ;

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