SUR MARIUS
Mitliiidatc qu'éclata, entre Marius et Sylla, cette division qui eut des suites si funestes, et donna lieu aux premières proscriptions.
Marius avait terminé la guerre de Jugurtha.
Oseras-tu , Cimbre , égorger Marius ?
Ces paroles, que Plutarque nous a conservées, désarmèrent le Cimbre à la rage duquel Marius avait été abandonné.
Dès'l'enfance, l'imagination de l'auteur de Marius avait été saisie de la sublimité de cette scène : à vingt ans il a exprimé ce qu'il avait senti à dix.
Ce sujet est de nature à frapper fortement les imaginations vives. Il a fait faire à Drouais un beau tableau , et, des vers magnifiques à Delille. Si connus que soient ces vers, nous pensons qu'on nous saura gré de les transcrire ici :
Voyez , quand Marius, aux marais de Miutume,
Assoupit un moment sa douleur taciturne ,
Ce Cimbre s'approeber , le poignard à la main :
Le héros se réveille , et se levant soudain ,
Avec cet air terrible où brille la victoire ,
Et tant de consulats et quarante ans de gloire ,
Tout rayonnant eucor des honneurs qu'il n'a plus ,
« Oseras-tu , barbare , égorger Marius ? »
A ce regard plus prompt , plus fort que le tonnerre ,
L'esclave foudroyé tombe et baise la terre ;
Et, long-temps immobile et les sens éperdus ,
« Non je ne puis, dit-il , égorger Marius ! »
Tant brillaient , réunis dans les yeux d'un seul homme , Et la grandeur de l'âme, et la grandeur de Rome.
Imagination , chant III.
Son génie irrité , qui plane sur sa tête.
L'idée de ce morceau semble avoir été inspirée par Lucain :
Viderat immensam tenebroso in carcere lucem , Terrihilesque deos scelerum , Mariumque futurum ; Audieratque pavens : Non hase contigere fas est Colla tihi.
Hune , Cimhri , servate senem ; non ille favore Numinis , ingenti superum protectus ah ira , Vir férus , et Romain cupienti perdere fato Sufiîciens.
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Je ne pourrai jamais égorger Marius.
La répétition de ce vers est conforme à l'histoire et à la nature. Un homme dont l'imagination est frappée répète toujours la même phrase, pareequ'il n'a qu'une idée. Cette répétition est du plus grand effet à la scène.
10 page 5i.
Cet effort est sublime autant que nécessaire.
On trouve dans une tragédie de Shakespeare ( Henri VI , première partie ) une scène à peu près semblable à celle-ci