SCENE I
LUCRECE
Ainsi Sextus est libre,., il est libre... et son âme
Pour un nouvel objet et m'oublie et s'enflamme !
Mais lorsque sur son cœur je ne prétends plus rien,
Quel trouble inattendu s'élève dans le mien ?
Quelle erreur , quel délire étrange , inconcevable ,
A mes yeux, malgré moi, le fait voir en coupable ,
Et, quand il accomplit ce que j'ai souhaité ,
Lui reproche en secret son infidélité ?
Inutiles soucis!... Depuis que l'hyménée
Par' les nœuds les plus saints fixa ma destinée ,
Ai-je formé jamais le plus léger espoir
Qui pût blesser mes vœux et trahir mon devoir ?
Non, non; c'est envers moi me montrer trop sévère;
C'est trop mépouvanter d'une vaine chimère ,
D'un esprit inquiet l'ouvrage et le tourment,
Que ma raison , plus sage , apprécie et dément.
Ma vertu me rassure , et je me rends justice.
Des torts de mon esprit mon cœur n'est pas complice.
Fuyez , vaines terreurs , fantômes de la nuit ,
Qu'à son premier rayon le jour naissant détruit.
( À ses femmes. )
Compagnes de Lucrèce, achevez votre ouvrage. Tandis que mon époux signale son courage, Hâtez-vous d'embellir , au gré de mon amour , Le tissu dont je veux le parer au retour. L'effroi saisit mon cœur et tout mon sang se glace () Quand je songe aux périls qu'affronte son audace, Quand je le vois, terrible au milieu des soldats, Semblable en tout au dieu qui préside aux combats : Je m'abandonne alors à ma douleur stérile. L'épouse d'un héros ne dort jamais tranquille.