ACTE III, SCÈNE III
D'un calme qui sied mal au front d'une parjure.
Qui ? moi , parjure !
SE XTUS.
Vous. Ce cœur, qui me trahit, Mille fois avant moi ne vous l'a-t-il pas dit ? Tout ce qui m'approcha, tout ce qui vous approche, Ne vous fait-il donc pas cet éternel reproche ? Qu'étiez-vous ? qu êtes-vous ?
LUCRÈCE
Seigneur, je vous entends:
Je commence à percer ces secrets importants Qui , de tous les témoins redoutant la présence , Ne s'expliquaient que trop , malgré votre silence.
Sans trouble auriez-vous pu soutenir mon abord?
LUCRÈCE
Mon cœur est sans effroi, comme il est sans remord.
S E XTUS.
Pour vous justifier que pourrez-vous me dire ?
LU CRÈCE.
Je ne dirai qu'un mot , et ce mot doit suffire : Je suis Romaine.
s EXT us.
Eh bien ?
LUCRÈCE
Ignorez-vous quels droits Sur ses enfants un père a reçus de nos lois?
no LUCRECE.
De nos rois le plus grand, puisqu'il est le plus sage, Numa , pour consommer son immortel ouvrage , Pour assurer aux lois un empire éternel , Appuya leur pouvoir du pouvoir paternel : Telle est l'autorité , redoutable , suprême , Qui , plus forte que moi , disposa de moi-même. Quels que fussent mes vœux , seigneur , j'ai dû céder Aux désirs de celui qui pouvait commander. Rejeter un hymen qu'il désirait conclure , C'était avec les lois offenser la nature.
s ex tu s.
La nature ! est-ce vous qui l'osez réclamer ? N'avez-vous pas perdu le droit de la nommer , Quand aux autels des dieux , sans remords et sans crainte, Vous avez de ses lois violé la plus sainte, Et, parjure à vous-même, abrogé sans retour Des droits d'autant plus chers qu'ils naissent de l'amour? Je sais tout ce qu'on doit au sacré caractère Qu'un préjugé sublime attache au front d'un père. De nos dieux comme un père est l'image à nos yeux , Je veux qu'on le révère à l'égal de nos dieux ; Qu'on rende avec usure à sa faible existence Les soins qu'il prodiguait à notre faible enfance : Mais à ce culte seul je borne mon devoir. Je ne reconnais pas cet étrange pouvoir Qui, d'un père absolu consacrant le caprice, De tous mes sentiments prescrit le sacrifice, Et, de mon propre cœur faisant taire la voix,