SCÈNE VIII
LUCRÈCE, ICILE.
ICILE , aux genoux de Lucrèce.
Ecoutez-moi ,A Lucrèce, et souffrez sans courroux
Qu'un serviteur fidèle embrasse vos genoux ;
Qu'un esclave à vos pieds implore pour son maître
L'intérêt qu'il a droit de prétendre peut-être.
Infortuné Sextus ! son coeur désespéré ,
De rage , de douleur et d'amour dévoré ,
Adorant tout ensemble et détestant vos charmes ,
Au plus froid des mortels arracherait des larmes.
Prévenez les excès auxquels pourrait monter
Ce cœur qu'amour égare et qu'il peut seul dompter.
Dans ses emportements il fut toujours extrême ,
Et je crains encor moins pour lui que pour vous-même.
A l'honneur c'est assez qu'il soit sacrifié :
Si laustère vertu n'exclut pas la pitié ,
Rendez-vous à sa voix par ma voix implorée ;
Rassurez l'amitié devant vous éplorée.
122 LUCRECE
Oui , par ce même amour qui l'en a détourné ,
A la raison Sextus peut être ramené.
Éclairez cet esprit dont il vous rend maîtresse ;
Et que le sentiment inspiré par Lucrèce ,
S'il ne peut s'affaiblir dans ce cœur combattu ,
S'y montre digne d'elle et se change en vertu.
LUCRÈCE
Lève-toi. Je t'approuve. Esclave , un si beau zèle Est moins d'un serviteur que d'un wni fidèle. Je veux tout employer , au gré de tes souhaits , Pour adoucir des maux qu'innocemment j'ai faits. Je reverrai Sextus. Cet effort peu vulgaire , Sans doute à bien des yeux paraîtrait téméraire ; Mais, ferme en son devoir, un cœur comme le mien , Quoiqu'il ose beaucoup , sait ne hasarder rien. Dans une heure en ce lieu ton maître peut se rendre ; Pour la dernière fois je consens à l'entendre : Lucrèce à ses regards va s'offrir sans détours , Le rendre à la raison , ou le fuir pour toujours.
FIN DU TROISIEME à GTE.