‹ ThéâtreChapitre 91 sur 210 · ACTE IV, SCÈNE V. k · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V. k

De me sauver l'horreur de vous appartenir.

( Elle va pour sortir. )

C'en est trop, arrêtez, inflexible Lucrèce.

Vous connaissez mon cœur, mes projets, ma tendresse;

Aux autels de l'hymen qu'a souilles votre foi,

Vous savez qu'un époux vous fut offert en moi:

Sans plus tarder, au gré de l'amour qui m'enflamme,

Venez y révoquer des vœux que je réclame.

LUCRÈCE

Le délire intéresse, et non pas la fureur; Vous me fîtes pitié, vous me faites horreur.

SEXTUS

Oui, de cette fureur redoutez tout.

LUCRÈCE

Perfide!

C'est pour le crime seul que mon cœur est timide. Je ne crains rien.

SEXTUS

Cruelle!... eh bien, je m'y résous.

Je n'aurai pas été moins barbare que vous. Assimilons notre âme à votre âme inhumaine, Et puisque l'on me hait , méritons cette haine. Usons du seul moyen qui soit en mon pouvoir; S'il fait frémir l'amour , il plaît au désespoir.

( Il porte la main à son poignard. ) ICILE.

Que faites-vous?

S EX TU S

Tremblez !

LUCRÈCE

Ne crains pas que j'échappe.

SEXTUS

Marchez sur mes pas.

LUCRÈCE

Non.

SEXTUS

Rebelle!

ICILE.

Arrêtez...

LUCRÈCE

Frappe.

SEXTUS, aux. genoux de Lucrèce.

Cher et funeste objet de tendresse et d'effroi, De ma propre fureur sauve-toi, sauve-moi : Prends pitié de tous deux.

LUCRÈCE

Eh quoi! pourrais-tu croire Que la vie, à mes yeux, l'emportât sur la gloire? Quel que soit le transport qui fasse agir ton cœur , Arrache-moi le jour , ou laisse-moi l'honneur.

( Elle sort.

Page 1