ACTE V — SCÈNE III
OTHELLO
Quoi!
Elle vient d'affirmer que ce n'était pas moi !
ÉMILIA
Oui, je l'avoue.
OTHELLO, avec une joie fanatique et insensée.
Eh bien ! elle a dit un mensonge, Dont le poids éternel dans les enfers la plonge ! C'est moi qui l'ai tuée.
ÉMILIA
O Ciel ! tant de bonté Double votre injustice et votre cruauté.
OTHELLO
Elle tournait au mal ; c'était une adultère.
ÉMILIA
Vous la calomniez !
OTHELLO
Non ! Perfide et légère Comme l'onde.
ÉMILIA
Elle était un ange de candeur !
Une femme perdue.
ÉMILIA
Un trésor de pudeur !
OTHELLO
Ton mari me l'a dit.
ÉMILIA
Il a dit cela d'elle ?
Mon mari !
OTHELLO
Ton mari.
ÉMILIA
Qu'elle était infidèle ?
OTHELLO
C'est un homme d'honneur qui déteste et maudit Le vice et le dénonce.
ÉMILIA
O Ciel ! il vous l'a dit ?
Mon mari !
OTHELLO
Ton mari, femme.
ÉMILIA
Oh ! Dieu ! ma maîtresse, Ton amour fut joué par sa scélératesse.
Il a tout découvert lui-même habilement ; L'honnête Yago sut tout et m'a tout dit.
ÉMILIA
Il ment.
De son indigne choix elle était trop éprise. Ah ! ma colère enfin surmonte ma surprise !
Othello lève son épée.
Va, je ne te crains pas, homme ou monstre fatal ! Car tu n'as pas en toi, pour me faire du mal,