SCÈNE VI
BRABANTIO et RODRIGO paraissent avec des MAGI- STRATS et un grand nombre de SERVITEURS qui les éclairent.
YAGO
C'est bien lui, cette fois, général, le voici.
le dieu au double visage, comme l'assure Letourneur, je vois du moins là dedans une grande fidélité de couleur locale que j'ai précieusement conservée ; les Italiens jurent encore aujourd'hui par les dieux du paganisme : Per Bacco, etc.
OTHELLO leur crie.
Arrêtez ! restez là !
Bah ! quelques pas encore, Si vous le permettez. Monseigneur, c'est le More.
BRABANTIO
Tombez sur lui, le traître ! et main-forte à la loi.
Les deux partis mettent l'épée à la main. YAGO.
Ah ! Rodrigo, c'est vous ! eh bien, de vous à moi !
OTHELLO
Tout beau, messieurs ! rentrez vos brillantes épées ; Du brouillard de la nuit elles seront trempées. Cela peut les ternir. — Seigneur, vos cheveux blancs Commandent mieux ici que ces moyens sanglants.
BRABANTIO
Qu'as-tu fait de ma fille, ô ravisseur infâme ? Par quel enchantement as-tu troublé son âme ? Dis-nous quel maléfice et quel secret poison Ont à ta destinée enchaîné sa raison ? Car j'en appelle à tous, j'appelle en témoignage L'univers. Qui croirait qu'un pareil mariage Eût jamais engagé le cœur de mon enfant Si jeune et si jolie, heureuse et triomphant De la séduction des nobles de Venise ; Qu'à moins de sortilège elle se fût éprise D'un barbare, et qu'elle eût sur son sein profané Pressé le sein hideux d'un monstre basané ?