ÉLÉVATION
Comme le petit Poucet, en partant, remplit sa main de grains de mil et les jeta sur sa route, nous partons et Dieu nous remplit la main de jours
dont le nombre est compté, nous les semons sur notre route avec inconscience et sans nous effrayer d'en voir diminuer le nombre.
L'homme est si faible, que, lorsqu'un de ses semblables se présente disant : « Je peux tout », comme Bonaparte, ou : «Je sais tout», comme Mahomet, il est vainqueur et a déjà à moitié réussi. De là le succès de tant d'aventuriers.
La conscience publique est juge de tout. Il y a une puissance dans un peuple assemblé. Un public ignorant vaut un homme de génie. Pourquoi ? Parce que l'homme de génie devine le secret de la conscience publique. La conscience, savoir avec, semble collective et appartient à tous.
Lorsqu'un siècle est en marche guidé par une pensée, il est semblable à une armée marchant dans le désert. Malheur aux traînards ! rester en arrière; c'est mourir.
Quel intervalle sépare la curiosité qui fait accourir le peuple au passage d'un roi, ou à celui
d'une girafe, d'un sauvage ou d'un acteur ? — Est-ce un cheveu ou une aiguille ?
Le célibataire ne donne point, comme le père de famille, des otages à son pays : la femme, les enfants, garants qu'il ne peut déserter et devenir cosmopolite.
La puissance est toujours avec la lumière : de là vient que, dans le moyen âge, le clergé eut la force, parce qu'il eut la science ; à présent, il est inférieur en connaissances,, de là en empire.
Il faut que les hommes de talent se portent sur les points menacés du cercle de l'esprit humain, et se rendent forts sur ce qui manque à la nation.
La pensée est semblable au compas qui perce le point sur lequel il tourne, quoique sa seconde branche décrive un cercle éloigné.
L'homme succombe sous son travail et est percé par le compas.
La raison offense tous les fanatismes.
Chaque homme n'est que l'image d'une idée de l'esprit général.
L'humanité fait un interminable discours dont chaque homme illustre est une idée.