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LE BEAU

La majorité des publics grossiers, en France, cherche dans les arts Y amusant et jamais le beau. De là les succès de la médiocrité.

DAPHNÉ

Prouver qu'une âme contemplative comme celle de Julien, quand elle daigne donner quelquesunes de ses idées à l'action, la domine et l'agrandit ; tandis qu'une âme active comme celle de X..., quand elle veut s'élever à la contemplation poétique ou philosophique, ne s'y peut guider.

On a fait des satires gaies ; je veux faire, soit dans des livres comme Stello, soit au théâtre, des satires tristes et mélancoliques.

Comme quoi toutes les synthèses sont de magnifiques — sottes.

Je ne peux plus lire que les livres qui me font travailler. Sur les autres, ma pensée glisse comme une charrue sur du marbre. — J'aime à labourer.

Si le bonheur n'était qu'une bonne heure ? s'il ne nous était donné que par instants ?

On dirait que la question religieuse trop débattue a fatigué la tête du monde. — Il n'a plus la force d'y penser.

Si j'étais peintre, je voudrais être Raphaël noir ; forme angélique, couleur sombre.

Dans les temps les plus vicieux de l'histoire, je vois que la majorité est consciencieuse et cherche le vrai et l'honnête.

J'ai rendu grâce à Dieu en mon âme en faisant cette remarque ; j'ai cherché à l'appliquer à tous les temps, en tremblant, et je l'ai trouvée juste avec bonheur.

J'en ferai grand usage et l'appliquerai à notre temps et au passé.

Le malheur des écrivains est qu'ils s'embarrassent peu de dire vrai, pourvu qu'ils disent. — Il est temps de ne chercher les paroles que dans sa conscience.

Avec la Maréchale d'Ancre, j'essayai de faire lire une page d'histoire sur le théâtre. Avec Chatterton, j'essaye d'y faire lire une page de philosophie.

Le tempérament ardent, c'est l'imagination des corps.

Les hommes d'action s'étourdissent par le mouvement, pour ne pas se fatiguer à achever des idées ébauchées dans leur tête. Doués d'un peu plus de force, ils s'assoiraient ou se coucheraient pour penser.

Nous nous plaignons qu'il n'y a pas de foi politique en France ! Eh ! de quoi nous plaignonsnous ? N'est-ce pas la preuve la meilleure de l'esprit infiniment subtil qui règne dans la nation ? Elle sent le vrai partout, et où il manque elle dit qu'il n'y a rien. Or aucun parti ne satisfait ses besoins actuels, ni ne leur donne le moindre espoir éloigné. Il n'y a de foi politique en un gouvernement que dans les esprits bornés.

Plus le cerveau est intérieurement occupé, plus

la face est immobile. La demi-occupation, l'élan, le sentiment, se peignent seuls sur la figure. Le travail intérieur absorbe les forces au dedans et pâlit le front et les joues.

J'aime peu la comédie, qui tient toujours plus ou moins de la charge et de la bouffonnerie. Il est plus philosophique de faire conclure pour l'idée dominante du livre, sans effort et par la présence et Faction simple et naturelle des personnages.

Consolons-nous de tout par la pensée que nous jouissons de notre pensée même, et que cette jouissance, rien ne peut nous la ravir.

La contemplation du malheur même donne une jouissance intérieure à l'âme, qui lui vient de son travail sur l'idée du malheur.

Dans l'état actuel des théâtres, et tel qu'est le public, j'ai peu d'estime pour une pièce qui réussit, c'est signe de médiocrité ; il faut au public quelque chose d'un peu grossier ; Henry Monnier était un acteur trop fin pour le parterre, Ingres est trop pur de dessin, Decamps trop original, Delà-

croix trop coloriste. — Je me méfie aussi d'un livre

qui réussirait sur-le-champ et sans un an au moins

d'intervalle pour que l'élite puisse y convertir la

masse idiote.

La terre est révoltée des injustices et de la création ; elle dissimule par frayeur de l'éternité ; mais elle s'indigne en secret contre le Dieu qui a créé le mal et la mort. Quand un contempteur des dieux paraît, comme Ajax, fils d'Oïlée, le monde l'adopte et l'aime ; tel est Satan, tels sont Oreste et don Juan.

Tous ceux qui luttèrent contre le ciel injuste ont eu l'admiration et l'amour secret des hommes.

Le christianisme est un caméléon éternel. — Il se transforme sans cesse.

Il n'y a pas un homme qui ait le droit de mépriser les hommes.

Je n'ai pas rencontré un homme avec lequel il n'y eût quelque chose à apprendre.

Il n'y a jamais eu ni ordre ni liberté nulle part, et jamais on n'a cessé de désirer l'un ou l'autre.

La vérité sur la vie, c'est le désespoir. La religion du Christ est une religion de désespoir, puisqu'il désespère de la vie et n'espère qu'en

l'éternité.

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