‹ [Théâtre]Chapitre 144 sur 262 · ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

ÉLÉVATION

Dieu vit avec orgueil un jeune homme illustre sur la terre.

Or ce jeune homme était très malheureux et se tua avec une épée.

Lorsque son âme parut devant Dieu, Dieu lui dit : « Qu'as-tu fait ? pourquoi as-tu détruit ton corps ? »

L'âme répondit :

« C'est pour t'affliger et te punir. Car pourquoi m 'avez- vous créé malheureux ? Et pourquoi avezvous créé le mal de l'âme, le péché, et le mal du corps, la souffrance ? Fallait-il vous donner plus longtemps le spectacle de mes douleurs ? »

L'ennui est la maladie de la vie.

Pour la guérir, il suffit de peu de chose : aimer, ou vouloir. — C'est ce qui manque le plus généralement. Et cependant il suffirait à' aimer quelque

chose, n'importe quoi, ou de vouloir avec suite un événement quelconque, pour être en goût de vivre et s'y maintenir quelques années.

A un jeune homme inconnu. — Le premier qui a dit la Carrière des lettres est le coupable que doivent maudire les jeunes gens malheureux qui m'écrivent comme vous venez de le faire, monsieur, et qui m'ouvrent leur cœur, comme à un frère qui prend part à leur infortune et qui leur a tendu les bras. Souvent le temps me manque pour leur répondre à tous ; quelquefois leurs peines sont d'une telle nature que nulle parole terrestre et nul secours humain ne pourraient les adoucir ; quelquefois enfin, je le confesse, le découragement me prend au souvenir de mes inutiles efforts pour en sauver quelques-uns de ce vaste naufrage auquel ils se sont exposés en foule ; ceux à qui j'ai pu donner la main savent que ce fut un des meilleurs jours de ma vie ; mais combien, depuis, se sont encore perdus, malgré moi, dans cette mer perfide de la publicité. Que ne venaientils à moi avant de quitter le rivage, et pourquoi faut-il qu'ils m'appellent seulement lorsqu'il n'est plus temps, quand après avoir renoncé à tout ils se sont fait briser par tous les orages sur le plus frêle de tous les appuis ?

Vous du moins qui me parlez avant de partir, je ne vous épargnerai rien. Vous saurez toutes les vérités que je sais, et d'autres les apprendront en même temps.

Oui, le mot dangereux est celui que répète

votre lettre et celui-là fut le tentateur qui dit le premier la Carrière des lettres. Ce mot trop usité est aussi faux que le serait la carrière de l'imagination.

Réhabilitation. — Pour blâmer le suicide on se croit en droit d'insulter des cendres. C'est une plaisante pruderie que celle des athées. Il y a des hommes qui, je ne sais pourquoi, ne veulent jamais que la société ait tort et qui, sans examen, se mettent à tomber généreusement sur ses victimes.

Le corps de Chatterton était chaud encore lorsqu'on fit à Londres un poème burlesque sur sa

mort.

Las des compositions trop tortillées, je viens d'en faire une de celles dont on peut dire : C'est une idée, — comme de Chatterton. — Il n'y a rien de compliqué, — c'est tout simple. Un caractère développé et voilà tout ; je ne sais pas comment on jugera d'abord le capitaine Renaud ; mais je suis sûr que, plus tard, si ce n'est dès à présent, on sentira qu'il représente le caractère de l'officier éclairé actuel, comme il doit être.

Je l'ai écrit du 22 juillet au n août 1835.

Je ne sais pourquoi j'écris. — La gloire après la mort ne se sent probablement pas ; dans la vie, elle se sent bien peu. L'argent ? Les livres faits avec recueillement n'en donnent pas. — Mais je sens en moi le besoin de dire à la société les idées que j 'ai en moi et qui veulent sortir.

Avoir une tête sérieuse où chacun vient verser des sottises chaque jour par les deux oreilles, quel supplice !

DAPHNÉ

Julien prend la résolution de se faire tuer en Perse quand il est certain qu'il a été plus avant que les masses stupides et grossières ne pouvaient aller. — Il sent qu'il est un fardeau et s'est trompé en croyant pouvoir élever la multitude à la hauteur de Daphné.

Les jeunes auteurs prennent des sujets plus forts que leurs pensées et leur style. Le cheval jette à terre le cavalier.

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