LA MISÈRE
Oui, dit Stello, je la hais, je hais la misère, non parce qu'elle est la privation, mais parce qu'elle est la saleté. Si la misère était ce que David a peint dans les H or aces, une froide maison de pierres, toute vide, ayant pour meubles deux chaises de pierre, un lit de bois dur, une charrue dans un coin, une coupe de bois pour boire de l'eau pure et un morceau de pain sur un couteau grossier, je bénirais cette misère parce que je suis stoïcien. Mais quand la misère est un grenier avec une sorte de lit à rideaux sales, des enfants dans des berceaux d'osier, une soupe sur un poêle et du beurre sur les draps, dans un papier, — la bière et le cimetière me semblent préférables.
SOPHIA, JANE, A NANTWICH
Deux jeunes sœurs. L'une et l'autre d'une éblouissante blancheur. L'aînée, coiffée en longues et innombrables boucles, a les plus admirables cheveux blonds, un peu colorés de feu, que j'aie jamais vus de ma vie. Grande, souple, gracieuse dans tous ses mouvements. L'autre décolletée plus qu'on ne l'est au bal en France. Ses épaules et son col de cygne rougissent de temps à autre, quand elle parle, et ces taches larges sont passagères, tandis que son visage reste pâle.
Elles ne savent pas un mot de français et m'ont prié d'écrire des vers français dans leur album ; j'ai fait ceux-ci pour elles :
Comme deux cygnes blancs, aussi purs que leurs ailes,
Vous passez doucement, sœurs modestes et belles,
Sur le paisible lac de vos jours bienheureux.
En langage français, quelques vers amoureux
En vain voudraient vous peindre avec des traits fidèles;
Vous lirez sans comprendre, et, sur votre miroir,
Comme les beaux oiseaux, passerez sans vous voir !