‹ [Théâtre]Chapitre 19 sur 262 · ACTE I — SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE IX

Plus de reproche ensuite à rhomme ; sur ma foi, Je renonce à ma plainte.

A sa ûlle.

Approchez ; dites-moi Lequel de nous a droit à votre obéissance.

DESDEMONA, passant à la droite d'Othello, comme sous son égide.

Je vois ici, mon père, une double puissance ;

Mon éducation et ma vie ont été

Votre bien jusqu'ici ; mais, à la vérité,

Je n'avais d'autre nom encor que votre fille ;

Je suis femme à présent et, dans votre famille,

J'amène mon mari. Vous le voyez. Autant

Ma mère vous montra jadis de dévoûment,

Autant j'en dois au More, à mon seigneur et maître.

BRARANTTO.

Que Dieu soit avec vous ! J'ai fini. Donnez l'être A de pareils enfants. Mieux vaut les adopter ! More, approche. Je vais, non sans le regretter, Te donner celle-ci, que de toute mon âme J'aurais voulu sauver et ne pas voir ta femme, Heureux de rester seul.

A sa ûlle.

Je sens trop tard le prix Des rigueurs, ton départ me Ta trop bien appris ! Aux affaires d'État, seigneur !

Qui peut se pardonner.

LE DOGE

C'est une injure

BRABANTIO s'assied en grommelant.

Seigneur, je vous conjure, Aux affaires d'État ! Verriez- vous d'un bon œil Le Turc vous prendre Chypre ? Hélas ! un noble orgueil Souffre d'un froid avis donné dans la misère. Les conseils ne sont pas moins pesants pour un père Que ne Test sa douleur. Les consolations, Les maximes qu'on jette à nos afflictions, Appareil à tout mal, baume à toute blessure, N'ont jamais du chagrin adouci la morsure ; Que le cœur brisé saigne et guérisse en repos, Et non par des discours, mots nuls, vides propos ! Aux affaires d'État !

LE DOGE

Une importante place Peut nous être enlevée, et le Turc la menace ; C'est ce qui nous occupe. Othello, vous savez Que Chypre a des remparts faibles, mal préservés, Sans vaisseaux. A l'armer que tout votre art s'applique. L'île a de bons chefs ; mais l'opinion publique, Souveraine maîtresse en ces événements, Vous a nommé d'après nos communs sentiments.

OTHELLO

Magnifiques seigneurs, depuis longues années, L'habitude, qui peut tout sur nos destinées, M'a fait trouver partout, dans les camps et sur mer, Un sommeil de soldat, aussi dur que le fer. A votre ordre, je sens l'ardeur de ma jeunesse. Renaissent les travaux ! que le péril renaisse ! J'entreprends votre guerre et ne demande rien Qu'un sort digne du rang de ma femme et du mien.

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