CHEZ M. THIERS
15 mars au soir.
D'abord avec M. Mignet, puis avec lui, j'explique en détail l'affaire entière de mon refus d'aller aux Tuileries, présenté par M. Mole.
M. Thiers la comprend très bien, ainsi résumée par moi :
« J'ai voulu répondre par une marque publique de mécontentement à un accueil scandaleux, acerbe, fait en public le 29 janvier. »
Après m'avoir été caché soigneusement, le dis-
1 A la place de M. Etienne.
cours de M. Mole me fut escamoté devant la commission, qui y aida en m'interrornpant, en couvrant ma voix, en hâtant le rapport des conclusions à l'Académie qui attendait.
28 mars 1846.
J'ai rencontré M. Guiraud au Palais-Royal, en revenant du Musée. Après nous être promenés longtemps sous les arcades, il m'a dit que M. de Barante avait émis i' opinion que je ferais bien d'aller au château porter mon discours, en même temps que M. Vitet, avec M. Mole.
Ceci me prouve combien j'ai jugé sainement en n'allant point aux séances particulières de l'Académie, où de nouvelles conciliations seraient ainsi tentées jusqu'à ce que M. Vitet eût présenté son discours et fait sa visite.
Mon tour passé, il ne sera plus temps d'y revenir.
Les hommes d'aujourd'hui deviennent-ils donc comme ceux du Bas-Empire ? — M*** croit sincèrement qu'il suffit d'avoir un moment boudé pour être satisfait, et qu'on peut, après deux ou trois mois, se montrer avec l'homme dont on a le plus à se plaindre et à qui Ton a voulu rendre, par une marque publique de mécontentement et le refus de l'accompagner, ce qu'il avait fait par un accueil hostile et scandaleux.
L'attaque de M. Mole est une offense impardonnable et irréparable.