LE CYGNE
^ Si un serpent s'attache à un cygne, le cygne s'envole et emporte son ennemi roulé à son col et sous son aile.
Le reptile boit son sang, le mord et lui darde son venin dans les veines.
Il est soutenu dans l'air par le cygne, et de loin, à ses écailles vertes, à ses faux reflets d'or, on le prendrait pour un brillant collier.
Non, il n'est rien que fiel et destruction, et il ramperait sur terre ou sous terre, il se noierait
dans les bourbiers s'il n'était soutenu dans les hautes régions par l'oiseau pur et divin qu'il dévore.
Ainsi l'impuissant Zoïle est porté dans l'azur du ciel et dans la lumière par le poète créateur, qu'il déchire en s'attachant à ses flancs pour laisser, fût-ce en lettres de sang, son nom empreint sur le cœur du pur immortel»