‹ [Théâtre]Chapitre 243 sur 262 · LE DÉSERT · texte numérisé non relu

LE DÉSERT

Lorsque des voyageurs traversent les sables de Libye, ils voient, du haut du chameau qui les porte, un espace immense, à l'horizon un lac que l'on n'atteint jamais : c'est le mirage. Il semble réfléchir des maisons habitées, on croit y voir des grandes villes, et c'est la mort.

Cependant le voyageur s'avance, il a soif, il espère. Le vent du désert souffle avec violence ; il est contraint de s'arrêter et de fermer ses yeux, que la poussière de feu aveugle.

Lorsqu'il ouvre ses paupières brûlées, où ses larmes mêmes sont desséchées par le soleil dévorant, il s'étonne, il s'arrête, il ne reconnaît plus sa route ; devant lui était une vallée, il y voit une montagne de sable ; à l'orient s'étendait une longue colline aux pentes insensibles, il y voit se prolonger une plaine jaune et sans terme ; la route tracée par les squelettes des chameaux abandonnés est engloutie, et rien ne s'élève au-dessus du niveau, sinon les trombes de sable qui montent au ciel un moment aussi haut que les

pyramides, s'avancent, font trois pas vers le ciel, et retombent en poussière.

Le désert, hélas ! c'est toi, démocratie égalitaire, c'est toi, qui as tout enseveli et pâli sous tes petits grains de sables amoncelés.

Ton ennuyeux niveau a tout enseveli et tout rasé.

Les seigneuries sont d'abord tombées ; puis, après, les hauts barons, les chevaliers bardés de fer qui étaient posés sur la terre comme des tours protectrices levant les bannières de la France au soleil. La route était encore tracée au loin de distance en distance par les squelettes abandonnées des dynasties abattues ; mais les sables éternellement roulés les ont ensevelis sous leur cendre volante. Éternellement la vallée et la colline se déplacent, et seulement on voit de temps à autre un homme courageux ; il s'élève comme la trombe et fait ses dix pas vers le soleil, puis il retombe en poudre, et Ton n'aperçoit plus au loin que le sinistre niveau de sable.

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