SCÈNE VII
YAGO, seuL
Va-t'en rêver à ton amour transie, Fat ridicule !... Et nous, rêvons à nos projets ! Oui ! qu'elle aime Cassio ! Tous les mauvais sujets Étant leurs favoris, je le croirais sans peine. Le More, quoiqu'il soit l'objet seul de ma haine,
Possède une âme noble, aimante ; il se pourrait Qu'il fût un mari tel, au fond, qu'il le paraît. Eh bien, j'aime la belle aussi ; mais ma tendresse N'est pas comme la leur, car ce qui m'intéresse, Ce qui m'entraîne, moi, c'est l'attrait seul du mal, Le besoin de punir ce monstre oriental, Que je soupçonne fort d'avoir séduit ma femme. Cette pensée horrible empoisonne mon âme,. Me dessèche le cœur, me dévore le sein ; Rien ne peut me guérir, à moins que mon dessein Ne s'accomplisse ; il faut que de lui je me venge Sur sa femme, et je veux que ce soit par l'échange. Il marchera de pair avec Yago, sinon Je le rendrai jaloux à perdre la raison. Afin que le gibier cède à notre poursuite, Employons Rodrigo, que je mène à ma suite : C'est un traqueur ardent qui battra bien le bois ; Bientôt, Michel Cassio, vous êtes aux abois, Et le More abusé me donne votre place. Conduisant ses fureurs avec un front de glace, Je l'amène à chercher, récompenser, chérir Celui qui le rendra triste au point d'en mourir, Au point de déchirer ses entrailles de More.
Ridant son front.
Tout est ici ; mais tout est bien confus encore. Pensons. Que mon projet, médité sagement, Ne se dévoile pas avant le dénoûment !
Il sort.