‹ [Théâtre]Chapitre 49 sur 262 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

YAGO, CASSIO, appuyé sur son épée.

YAGO

Quoi ! seriez- vous blessé ?

CASSIO

Oui, mais un coup pareil Est trop fort pour guérir par une main humaine ! Une profonde plaie, une incurable peine M'accable.

YAGO

Est-il possible ? Ah ! plaise au Ciel que non ! Ce n'est pas sérieux ?

CASSIO

Ma réputation !

Ma réputation ! cette part immortelle De moi-même, et la part autrefois la plus belle, Finir en un instant, et dans une action ! J'ai perdu pour toujours ma réputation.

YAGO

J'ai cru que vous aviez au corps quelque blessure ! C'est là qu'une douleur est réelle et bien sûre. La réputation n'est qu'un mot suborneur, Souvent acquis sans droit, perdu sans déshonneur. Au reste, on ne vous a rien ôté de la vôtre.

stte rigueur du More, il l'aurait pour tout autre ; Rigueur de discipline, et non d'inimitié, Où le ressentiment n'entre pas pour moitié. Il faudrait l'implorer.

CASSIO, avec violence.

Implorer l'infamie !

Plutôt que de tromper sa justice, endormie Sur mes vices hideux une seconde fois, Va, Cassio, mauvais chef, mauvais soldat, va, bois, Divague, jure, et fais le rodomont, bavarde, Avec l'ombre qui passe, en mots de corps de garde ! O vil esprit du vin ! si tu n'as pas de nom Qui te désigne encor, je t'appelle démon.

Qui poursuiviez-vous donc ?

Page 1