ACTE II — SCÈNE XV
CASSIO
4 Je ne sais.
YAGO
Votre vue
Ne Ta pas distingué ?
CASSIO
Non ; l'attaque imprévue, La querelle, et puis rien. Tout le reste à demi Se peint dans ma mémoire. — Ah ! honteux ennemi Que l'homme dans lui-même introduit avec joie, Afin que sa raison en devienne la proie !
YAGO
Eh ! vous voilà très bien ! Comment avez- vous fait ?
CASSIO
Le démon de l'ivresse, amplement satisfait, A celui de la rage abandonne mon âme ; Car il est dit qu'en moi quelque faiblesse infâme Prend la place de l'autre et me fait mépriser.
YAGO
Allons, cher lieutenant, c'est trop moraliser ! Mieux vous vaudrait songer à nous tirer d'affaire. Le général auquel il est urgent de plaire, C'est la femme du More. Il adore à présent Ses grâces, son esprit, et son cœur bienfaisant ; Allez lui confier librement votre peine ; Je serai bien trompé si l'entreprise est vaine, Et si sa main ne sait renouer entre vous Les liens d'amitié brisés par son époux.
CASSIO
Votre conseil est bon.
ioo LE MORE DE VENISE
Pour vous.
YAGO
Et dicté par mon zèle
CASSIO
Je le vois bien.
YAGO
Vous trouverez en elle Une femme qui croit manquer à son devoir Si sa bonté ne fait plus qu'on ne peut prévoir»
CASSIO
Eh bien ! je m'y résous, et, dans la matinée, J'irai demain. Ce coup règle ma destinée, J'en suis bien sûr.
YAGO
Allez. Je prends congé de vous Pour cette ronde.
CASSIO
Honnête Yago ! Séparons-nous.