SCÈNE IX OTHELLO, YAGO
OTHELLO, se croyant seul et rêvant.
Envers moi ! moi ! perfide ! A qui donc se fier ?
YAGO
Quoi ! vous pensez encor que de vous on se joue ?
OTHELLO
Va-t'en, fuis ! va ! tu m'as attaché sur la roue ! J'en atteste mes maux, il vaut mieux, je le crois, Être toujours trompé que de craindre une fois.
YAGO
Comment ?
OTHELLO
De ce malheur quel sentiment avais-je ? Aucun. Si l'ignorance est un vrai privilège, Ce fut alors. Hier, quel mal ai-je éprouvé ? J'avais le cœur léger, libre, et n'ai pas trouvé Les baisers de Cassio sur ses lèvres ; l'empreinte En était invisible, et j'ai dormi sans crainte.
Vous m'affligez vraiment, je le dis devant Dieu.
OTHELLO, poursuivant sans l'entendre.
J'étais heureux hier. Et maintenant, adieu. A tout jamais, adieu le repos de mon âme ! Adieu, joie et bonheur détruits par une femme ! Adieu, beaux bataillons aux panaches flottants ! Adieu, guerre, adieu, toi dont les jeux éclatants Font de l'ambition une vertu sublime !
Adieu donc, le coursier que la trompette anime, Et ses hennissements, et le bruit du tambour, L'étendard qu'on déploie avec des cris d'amour ! Appareil, pompe, éclat, cortège de la gloire, Et vous, nobles canons qui tonnez la victoire Et qui semblez la voix formidable d'un dieu !
Avec un sourire amer.
Ma tâche est terminée ! à tout jamais, adieu !