SCÈNE XIII Les Mêmes, YAGO et CASSIO
YAGO, finissant à demi-voix une conversation.
... Elle y réussira, oui, la chose est certaine... La voici ! — C'est le jour des hasards fortunés. N'hésitez pas ! Parlez, priez, importunez.
DESDEMONA
Est-ce encor vous, Cassio ? — Quelle nouvelle affaire ?
C'est la seule, madame, et la même prière
Qui me ramène ici. — Votre intercession
Peut aider mon unique et juste ambition
D'exister dans un rang honorable à l'armée
Et de toucher encor cette main bien-aimée
Du More glorieux dont la vie et l'honneur
Me sont toujours sacrés jusques au fond du cœur.
Oui, pour rentrer en grâce et pour me faire entendre,
Je voudrais, par vos soins, ne pas longtemps attendre,
Et, si j'ai ce malheur que mon délit soit tel,
Qu'il demeure à ses yeux un crime si mortel
Que rien ne soit assez pour en laver la trace,
Ni services passés, ni présente disgrâce,
Ni repentir sincère et sincère amitié,
Ni souvenirs guerriers dont il eut la moitié ;
Ni résolution pour l'avenir bien prise
De conduite sévère ; et que rien ne suffise,
Après cette publique et terrible leçon,
Pour racheter ma faute et payer ma rançon ;
Que je le sache au moins de sa bouche, madame,