ACTE III — SCÈNE XIII
Et, reprenant alors mon épée et ma rame,
Sur d'autres mers ou bien sur quelque autre chemin
Aux charités du sort j'irai tendre la main.
DESDEMONA
Hélas ! mon cher Cassio, son cœur ni sa justice N'écoutent aujourd'hui ma voix médiatrice. Mon seigneur ne m'est plus Othello ; j'en gémis, Mais un nuage passe entre vos deux amis. Son humeur, son discours, sa voix, sa contenance, Tout est changé pour moi ; j'ai lassé sa clémence Sans doute, et, pour vous seul le priant sans repos, Je crois l'avoir blessé par mes libres propos ; Car puissent les Esprits du Seigneur m'être en aide, Comme il est vrai, Cassio, que toujours j'intercède, \ Que je me suis, sans trêve, exposée au courroux U)ont les feux violents sont dirigés vers vous, A quelques jours encor remettons votre cause, Et pour vous je ferai plus que pour moi je n'ose ; Cela doit vous suffire.
Cassio salue et se retire de quelques pas. YAGO.
Eh quoi donc ! monseigneur Est en colère ?
ÉMILIA
Il sort dans une sombre humeur.
YAGO
Lui ! devenir si faible et montrer sa colère ? Je l'ai vu calme au feu, quand, pareille au cratère D'un volcan furieux, la poudre du canon Vomissait la mitraille et, comme le démon,
Enleva dans ses bras, d'une seule bordée,
Son frère... Et voir son âme à ce point possédée
D'une fureur profonde ! Il faut assurément
Un bien grave sujet pour un tel changement.
Je Tirai voir. — Oui, certe, il faut quelques injures
Sans nom !
DESDEMONA, à Yago.
Allez le voir, Yago !
Yago salue et sort en réfléchissant d'un air sombre.