ACTE I, SCENE II
une grimace dans le dos de papa I voyons, c'est un enfant, et puis papa le taquine toujours.
Fli ANQL'EYROL.
Oh ! oh !... Je vois qu'il ne fait pas bon attaquer Namoun devant mademoiselle Louise.
LOUISE
C'est vrai, je l'aime beaucoup. C'est si touchant, si vous saviez, l'histoire de ce petit homme. Figurezvous qu'il est arrivé à Paris il y a deux ans, derrière un bataillon de turcos dans lequel son frère Lakdar était tambour. Il f;iut vous dire que pour Namoun, ce Lakdar, tambour Lakdar, comme il l'appelle, c'était une adoration... Plus que la mère, plus que le père, plus que tout... Malheureusement, après six mois de Paris, voilà tambour Lakdar qui meurt de la poitrine. Pensez quel désespoir ! Il ne manquait pas d'autres tambours au bataillon, mais pour Namoun, il n'y avait qu'un tambour au monde, tambour Lakdar... Si bien, qu'au bout de quelque temps, quand les turcos sont partis et qu'ils ont parlé d'emmener Namoun avec eux, l'enfant s'y est obstinément refusé, et comme il avait peur qu'on l'emmenât de force, la veille du départ, il s'est sauvé de la caserne, et ses camarades sont partis sans lui... Deux jours après, des amis d'Henri, traversant le Père-Lachaise, trouvaient accroupi dans l'herbe, près d'une tombe, un petit Arabe aux trois quarts mort de faim et de froid; c'était Namoun, qui tenait compagnie à son frère Lakdar dans le grand cimetière des Roumis.
FRANQUEYROL, H th'ioiinuinl pu {ir cacher uni laniie.
Ah ! je suis béte, décidément.,.
LOL'ISE, f'adrasant à lui.
Maintenant, dites du mal de Nanioun, si vous voulez; moi, je suis prête à tout lui pardonner à cause de son tambour Lakdar. .. Dam 1... c'est peut-être parce que j'en ai un tambour, moi aussi. Vous comprenez... Tambour Henri.
MADAME JOURDEUIL
Est-elle sotte, cette petite fille, de vous faire pleurer comme cela quand on est bien content 1
LOUISE
Là ! là I j'ai fini. (Dêaochanl un chapeau de paille pendu
à la wuraille.) Je vais chercher mon père.
Ah I mon Dieu ! c'est vrai, le pauvre homme ; cours vite.
Si vous voulez que j'y aille, mademoiselle?
LOUISE, sans hoiij^er de place.
Oh ! non 1 c'est inutile... l'atelier est à deux pas.
MADAME JOURDEUIL
Eh bien ! va donc !
LOUISE
Oui, mais c'est que... (FAle montre la cuisine.)
MADAME JOURDEUIL
Quoi?... (Louise dit un mol à voix basse.) Hein ?... fl.cuise répète son mot très bas.) Plaît-il?...