‹ ThéâtreChapitre 116 sur 235 · L H PÈRE J O U R D E U I L · texte numérisé non relu

L H PÈRE J O U R D E U I L

Oui, Jackson, le fameux marchand de tableaux, le Goupil américain... C'est lui qui m'achète toutes mes toiles.

Jackson... non !... connais pas.

L I-; PÈRE J o u R D E u I L .

Tiens! c'est drôle... Après tout, ces noms anglais sont si difficiles... je prononce peut-être mal...

MADAME J O U R D E U I L

Ah çà 1 monsieur Pierre-qui-roule, maintenant que vous voilà, est-ce que vous n'allé/! pas vous reposer un peu ? •

FRANQUEYROL.

Ma foi ! j'en suis bien capable... Je ne sais pas si c'est l'air de Ville-d'Avray ou si cela tient à vos fauteuils... (Se carrant.) Ils Sont très commodes, ces

fauteuils-là.

ACTi; I, SCENE VI 255

LE PÈRE J O U R D 1: U I L

N'est-ce pas, qu'on est bien chez nous?... Tu verras, mon vieux, on rit tout le temps, ici ; c'est la bohème en famille, la bohème du bon Dieu ! (Bruit

de roues dans le hinlaiu, Iroiiipelle.)

MADAME J O U R D E L" I L

Ah ! l'omnibus.

LOUISE

Oh ! non, pas encore. Ceci, c'est pour le train de cinq heures et demie, qui va à Paris.

F R A N Q u E Y R o L , bondissanl .

Cinq heures et demie !... mais, alors, je me sauve

Comment ?

MADAME JOURDEUIL

Allons, bon ! le voilà encore en route...

LE PÈRE JOURDEUir. .

Tu ne dines donc pas avec nous ?

FRANQUEYROL.

Impossible ! On m'attend à la légation d'Amérique... C'est une affaire d'honneur... je vais recevoir mon prix.

Quel prix ?

Un grand prix de steeple-chase, que la petite ga-

236 Li: SACKIKICE

liote vient de gagner... Est-ce que je ne vous l'avais pas dit? Oh 1 c'est un vrai triomphe!... Nous sommes partis cinq de New- York, tous des petits navires, à qui serait le premier au Havre... Dam! on ne s'est pas amusé en route. Dix-huit jours dans le vent, entre ciel et mer... Mais, comme la petite galiote a des ailes, hier soir, à dix heures, j'entrais dans le port du Havre, et bon premier, comme on dit à la Marche! Les autres ne sont arrivés que dans la nuit. (Tris/eiiieni.) Excepté un, qui n'arrivera jamais, pécaïre ! (Gaiement.) Fait rien ! Les Américains sont enfoncés, et vive la marine d'Arles 1...

Li; PÙRI-. JOURDF. UIL.

Vive la marine d'Arles !... Tu ne peux pas manquer ce diner-là !

Et Henri .'

i- RANQUEYKOL.

J'irai le voir demain... Seulement, je vous en prie, ne lui dites pas que je suis arrivé. Laissez-moi la joie de le surprendre ; je sais bien que c'est un enfantillage, mais tous les voy.ageurs, les vrais, les enragés, nous avons cette manie d'arriver à l'improviste. C'est si bon, de tomber comme du ciel dans des bras qui vous aiment!... C'est si bon, l'œil étonné qui s'ouvre, les chères mains qui tremblent, la bouche qui croit dire : « (!!omment, c'est... c'est toi... » et qui ne dit rien... Au diable les salles d'attente! elles nous gâtent cette belle minute de l'arrivée, qui est peut-être ce qu'il y a de meilleur dans le voyage.

ACTli I, SCENE VI 237

LE PÈKE JOURDEUIL.

Bravo ! ta cause est gagnée. Silence absolu ! nous le jurons...

F R A N' Q U" E Y R G L , s'iipfrocbanl de la mèri.

Adieu, maman. (Il l'enihrasse.)

M A D A -M E JOURDEUIL, bai.

Et... VOUS savez ?

LE PÈRE JOURDEUIL

Allons ! allons 1 voilà la voiture,

FR.\NQUEYRO L, à la mère.

C'est convenu... je viendrai vous le dire.

LE PÈRE JOURDEUIL

Ah ç.i ! quand te verrons-nous?

Oh ! bientôt.

LE PÈRE JOURDEUIL

Il faut venir souvent, vois-tu. D'abord, tu sais, je ne dis pas que je ne ferai pas ta tête. Hein ! que dis-tu de cela ? C'est ça qui serait gentil, un beau portrait signé Jourdeuil-le- Vieux.

Certes. (A Louise.) Est-ce qu'il y aura une crème, le jour où je reviendrai ?

LOUISE

Et des croquettes.

:!5o I. u SACRiiict;

MADAME JOURDF. UIL.

Mais laissez-le donc partir, il va niaiK]uer son train.

Adieu, adieu, et surtout, bouche close.

L i; P K R E j o u R D i; u I L . Oui... oui... je m'en charge... Je ferai la police

des langues, ici. (Franque.ywl sort. Le père Jourdeiiil court

à U fein-irc.) A propos, infomie-toi donc de ce Jackson,

à l'anihassade ?

I" R AM Q u F. Y R or, , loin , dehors .

C'est entendu.

scE--K,n fil

Page 1