SCÈNE VI
trer ici et de ne vous jamais revoir. (Il se Une.) J'arrivai sur la place, on sortait des vêpres. En un instant je me suis vu entouré d'une foule de braves gens tout étonnés de me trouver dehors sans vous, et voilà les petits enfants qui me tirent par les pans de mon habit : « Bonjour, parrain Ambroix; êtesvous malade, parrain Ambroix? » Puis la femme du juge de paix s'approche à son tour : « Madame Ambroix est donc souffrante, monsieur? lui serait-il arrivé un accident ? » Ht là-dessus trente voix partent ensemble : « Rentrez, rentrez, monsieur Ambroix ; nous allons chercher le médecin. » Et moi, j'étais là, bégayant, balbutiant, ne trouvant rien à répondre et rougissant de honte à l'idée que mon cœur allait peut-être me trahir.
M.\D.\.ME AMBROIX.
Ah ! mon Dieu !
AMBROIX.
Rassurez-vous. J'ai réuni mes forces pour sourire de mon mieux, et j'ai dit à ces bonnes gens qu'il ne m'était rien arrivé, que tout simplement vous aviez oublié votre chapelet à l'église, et que j'avais voulu aller le chercher moi-même, tout seul, comme un homme.
MADAME A.MBROIX.
Ah I vous êtes bon !
AMBROIX.
Mon explication a paru satisfaire tout le monde ; mais j'ai dû, pour continuer mon rôle jusqu'au bout, entrer dans cette église où, moitié par insouciance, moitié par paresse, je n'avais pas mis le pied depuis
si longtemps. (Mmiijtit à l'orc}>esire.) J'entre... Le silence du lieu, le demi-jour et la fraîcheur calment un peu mon sang. Je me glisse dans un coin de chapelle, et là, — vous savez où je veux dire : le premier pilier, à gauche, — je me laisse aller, brisé par trop d'émotion, je me laisse aller sur une chaise basse, une petite chaise recouverte de velours rouge que je ne reconnais pas d'abord, mais sur laquelle j'aperçois tout à coup votre nom ! Oh ! la pauvre petite chaise 1 Comme elle était humble, triste, repentante 1 on aurait juré qu'elle disait sa prière. Alors, je ne sais trop ce qui s'est passé en moi : une hallucination. Je vous revoj'ais, pleurant et priant sur cette chaise; puis j'entendais des voix me dire: « Ambroix, Dieu lui a pardonne... » Peu à peu, j'ai senti mes genoux fléchir : j'ai prié, j'ai pleuré, et... me voilà. (La musique s'arrèle.)
M.'DAMH AMBROIX, elle veut s'élancer vers lui. Oh ! merci.
AMBROIX, l'arrêlanl.
Ce n'est pas moi qu'il faut remercier, vos remerciements doivent s'adresser plus haut. Maintenant, Gerlrude, donnez-moi ces lettres, les seules preuves qui restent de la faute. Je les veux, donnez-les-moi.
(Gerlrude va prcuiire les Icllrcs et les lui itoiiue eu délouniaul la léic. — Ambroix, les déchirant.) \'uilà les preuves disparues.