ACTE II, SCÈNE IV
LE PÈRE JOURDECIL.
Tiens! le Bédouin. (.4 Pipette.) Tu ne le connais pas, le Bédouin de mon fils, tu vas voir, le bon
type.
HENRI, allant au-devant de Kamoiin.
Hé bien?
LE PÈRE JOURDEUIL
Hé! Namoun, arrive...
HENRI, à son père.
Pardon... une minute. (A Namoun.) Tu l'as vue?
Ih!
HENRI
Qii'est-ce qu'elle a dit?
Macach rien dit... Namoun donner la lettra... Madame prenir la lettra, fesir : « O mon Dié ! ô mon Dié! » puis venir blanc, blanc et trembler les mains comme ça, comme un viou femme. (Henri se détourne
tour cacher son émotion.)
LE PÈRE JOURDEUIL, sur la gauche, causant avec Pipette.
Enfin, qu'est-ce qu'il te faut? quatre ou cinq cents francs?
PIPETTE
Cinq cents, mon ami, cinq cents.
NAMOUN, sur la droite, à Henri.
Quis qui ci? mouci... toi, blérer?... blérer pour
If femme?... quis qui ci ç;i, le femme? rien di tout... tambour Lakdar li avait quatre femmes... quatre... li macach blérer jamais... risir toujours. (Il rii.)
LE PÈRE J O U R D E U I L
C'est donc bien drôle, ce que tu racontes là, Namoun?... Est-ce que cela vaut la prise d'Alger?... (A Pipeiie.) Mon cher, il a une façon de raconter la prise d'Alger. (A Nainonn.) Voyons, raconte-nous cela, jeune singe.
N A iM o u N , furieux.
Ci pas moun noum. joune singe, moun noum ci Namoun. Si moi joune singe, toi viou singe. (Mjntrant PipMe.) Li viou singe encore plus... Et alors quisquici de parler ensemble comme ça. (Il se ârupc cl passe fie te me ni.)
LE PÈRE JOURDEUIL, à Pipeik.
(Riani.) Ah ! ah ! ali ! Crois-tu que c'est susceptible, le Bédouin ? Henri...
HENRI, s'iiniichaiil lie sa rêi'en'e.
Père.
LE PÈRE JOURDEUIL
Fais-lui donc dire la prise d'Alger pour Pipette...
PIPliTTE, bas.
Si tu parlais de notre affaire.
LE PÈRE JOURDEUIL, bas.
Oui, oui... tout à. l'heure...
Voyons, Namoun, raconte-nous comment les Français s'y sont pris pour entrer chez vous.
N A M O U X , thiiueiiienl .
Si toi risir, Namoun raconter...
HENRI, souriant.
Je rirai, je rirai, raconte!...
Voilà : Lis Inglis primié vinir avec li gros canons et fisir : « boum ! boum ! » macach indrar rien di tout. Li Portugaise vinir, fisir : a boum ! boum ! » macach... La Oullatrichia vinir, fisir: «boum! boum! » macach encore. Li Francèse vinir, fesir: « taratata, ratata, ratata... » Indrar tout de suite. (Ov rit.)
LE PÈRE JOURDEUIL, à Pipette.
C'est fameux, n'est-ce pas? Taratata! taratata! Il semble qu'on voit . les petits chasseurs de Vincennes !...
PIPETTE
Oui, très joli... tarata, rata... Si tu parlais de...
LE PÈRE JOURDEUIL, impatienté.
Eh! oui... Allons, Bédouin, tu es très gentil... maintenant, si tu veux aller faire taratata dans la pièce à coté, tu nous feras plaisir. (A Henri.) Ça a l'oreille fine, ces sauvages-là ! Et, tu comprends, il ne faut pas encore ébruiter notre affaire.
266 LE SACKIFICE
Quelle affaire?
LE PÈRE JOURDEUIL
Mais notre système... Le système Pipette, quelque chose de merveilleux... avec ce système-là, il n'y a plus de vieux tableaux... c'est la jeunesse éternelle des chefs-d'œuvre...
HENRI
Vraiment? (A Namoint.) Va, mon enfant. (Namcun sort par la gauche.)
LE PÈRE JOURDEUIL
Tu comprends, quelle fortune Pipette a là dans les mains!... Eh bien! cette fortune, ce brave cœur m'en ofire la moitié...
PIPETTE
Oui,. . seulement...
SuulcnKut?...
LE PÈRE JOURDEUIL
Dam! tu vas comprendre une chose. Pipette manque de tout; il n'a pas de souliers, pas de linge.
PI P ETTE , avec élan.
Oh ! pas du tout...
LE PÈRE JOURDEUIL
Il ne peut pas décemment se présenter dans les musées, dans les galeries particulières, avec cette tenue... d'inventeur. Avant de rentoiler les tableaux, il faut d'abord qu'il se rentoile lui-même. (Il rii. Pi-