ACTE II, SCÈNE IV
pelle rit encore plus fori.) Bref, nous avons besoin, pour commencer la campagne, d'une pièce de quatre à cinq cents francs.
PIPETTE, bas.
Cinq cents, mon ami, cinq cents.
LE PÈRE JOURDEUIL
Et j'ai compté sur toi.
HENRI, effaré.
Sur moi? Cinq cents francs! mais où veux-tu que je les prenne ?
LE PÈRE JOURDEUIL
Farceur!... Allons, je vois bien où le hàt te blesse... tu n'as pas confiance en Pipette?...
PIPETTE , gravemenl.
Je puis donner ma signature.
LE PÈRE JOURDEUIL, pris d'un fvu rire.
Ah! ail 1 ah! Il est bon, avec sa signature... sacré
Pipette, va ! (Il rit aux larmes, Pipette rit aussi beaucoup.) HENRI.
Avec ou sans signature, c'est impossible.
LE PÈRE JOURDEUIL
Puisque je te dis que je les prends pour moi, ces cinq cents francs!... c'est à moi que tu les prêtes, là!... j'en réponds.
Mais je ne peux pas, encore une fois! je ne peux pas, je n'ai pas d'argent.
268 LE S A CRII'ICE
LE PÈRE JOURDEUIL
Oh ! c'est trop fort, par exemple, tu n'as pas d arg... (Se tournant vers Pipette, et lui montrant l'atelier d'un geste emphatique.) Il n'a pas d'argent 1
PIPETTE, à ikini-voix.
C'est bœuf.
HENRI
Père, je te jure...
LE PÈRE JOURDEUIL
Quoi ?..^ que tu n'as pas d'argent... Possible!... mais je te jure bien une chose, moi aussi : c'est que lorscjue j'avais ton âge et que j'étais riche, — en ce temps-là on avait encore le goût de la bonne peinture, en France! — si mon père... Comment! mon père!... si un artiste, un camarade comme Pipette était venu me surprendre au milieu de mon luxe pour me demander quelques misérables cents francs, jamais je n'aurais pu dire : « Non! » Et si, par hasard, je n'avais pas eu la somme demandée, j'aurais dit à mon père, j'aurais dit au camarade : « Mon cher, tu tombes mal. Je suis moi-même à la côte, mais, tiens! les bibelots ne manquent pas ici... Prends cette pendule Louis XV qui ne marche pas, ces flambeaux de parade que je n'allume jamais, et fais-toi de la monnaie, mon bonhomme! «
PIPETTE
Oli ! la pendule suffirait.