ACTE II, SCENE VI
Oh ! je ne t'en fais pas un reproche. Je sais bien que c'est nécessaire. Il parait même que c'est un très bon signe, vous autres, quand vous menez cette vie-là!... Ça prouve que vous avez du... Comment donc?... du chien !
HENRI, riant.
Du ciiien!... Qu'est-ce que tu me racontes là?...
MADAME JOURDEUIL
Tu as beau rire, va! nous savons ce que c'est que la vie d'artiste...
HENRI, gra-.'e et <lcux.
La vie d'artiste, vois-tu, ma mère, c'est le travail éternel, incessant, acharné; mais un travail qui n'en parait pas un aux \'eux de bien des gens, parce que nous le faisons avec amour, et que de tous les labeurs humains c'est le seul qui n'ait pas l'air d'être une punition... Voilà ce que c'est que la vie d'artiste... Est-ce que tu avais une autre définition!
M A D A .M E JOURDEUIL
Oui, mais j'aime mieux la tienne... (Un temps.) Alors, tu travailles beaucoup.
HENRI
Beaucoup !
Et tes affaires vont bien, toujours?
HENRI
Très bien !
MADAME JOURDEUIL
Pourtant, quand on est mère, comme on se fait des idées... Figure-toi que, la nuit dernière, en ruminant toute seule dans ma tête, cette pensée m'est venue tout à coup que tes affaires allaient très mal et que c'était pour ne pas nous tourmenter que depuis quelque temps tu nous cachais ta vie.
HENRI
En voilà une idée !...
MADAME JOURDEUIL
Tu sais comme la cervelle trotte quand ou est couché?... J'avais déjà fait mon plan; je disais: «Voilà! nous rentrerons à Paris, Louise donnera des leçons; moi, je reprendrai mes broderies. »
HENRI
Tais-toi, tu me fais frémir.
MADAME JOURDEUIL
Pourquoi? Tout cela n'est pas bien effrayant, je t'assure.
HENRI
Mais, enfin, nous n'en sommes pas là... Est-ce que j'ai l'air d'être malheureux?... Tiens ! regarde... (Il moiilre l'alelier.)
MADAME JOURDEUIL
Oh! je l'ai bien vu, va!... Aussi, tout de suite, mes idées noires de cette nuit se sont envolées... Comme il est beau, ton atelier! C'est égal, j'aimais encore mieux l'ancien.