ACTE III, SCÈNE V
HENRI
Oui, et j'en ai encore à vous apprendre.
MADAME JOCRDEUIL.
Ah! mon Dieu! quoi donc...
HENRI
Seulement, cette fois, il ne s'agit pas de moi... il
s'agit de... de... (Allant chercher Louise qui rôde près des
papiers peints.) Mais viens donc... viens donc... toi... 11 s'agit... d'un mariage pour Louise.
LOUISE
Pour moi?...
MADAME J O U R D E U I L
C'est sérieux? ^
HENRI
Très sérieux...
LOUISE, riant.
Ah! mon Dieu! quel est le malheureux?... C'est au moins le père Borniche de Ville-d'.\vray, ou bien M. Pipette... Xon ! pas M. Pipette, puisqu'il est en fuite.
HENRI
Bah! Pipette est en fuite?...
MADAME JOURDEUIL
Pas précisément; c'est-à-dire qu'il a disparu depuis huit jours.
HENRI
Eh bien, non, Louise, ce n'est pas M. Pipette, ni
le père Borniclie... C'est... regarde-moi donc... C'est Fr.Tnqueyrol.
LOUISE
Franqueyrol... Oh! quel bonheurl...
MADAME JOURDEUIL
Eh bien, Louisette... ('Low/Vc, un peu confuse, cache son joli visage dans ses mains.)
HKXRI, tianl.
Merci!... il fait bon avoir affaire à toi. Au moins on sait tout Je suite à quoi s'en tenir.
LOUISE, écartant ses mains.
Eh bien, oui... quel bonheur! Et je ne m'en dédis pas... Quel bonheur que l'homme qui a sauvé mon frère, que ce vaillant, ce héros, ait pris garde à une petite fille comme moi... Voici ma réponse, Henri: J'aime Pierre Franqueyrol de toute mon âme, et si vous le permettez, je me charge de lui rendre en dévouement et en tendresse tout ce que la maison lui doit.
MADAME JOURDEUIL
Mais, mon enfant, il est trop riche.
LOUISE, e'mue.
Trop riche?
HENRI
Non! non! ma mère!... il. n'est pas question de richesse ici... Sans quoi, dis-moi quelle fortune serait capable de payer cette âme divine, et ces jolis yeux rieurs où ton vilain mot d'argent vient de faire monter les larmes. Non ! il ne s'agit pas de richesse
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ici; seulement... Et voilà pourquoi j'insiste... Je ne voudrais pas que Louise se crût engagée envers Franqueyrol parce qu'il est mon ami... (A Louise.) Car enfin, voyons... il n'j a pas même un mois que tu le connais..
Pas même un mois!... Voilà six ans que je m'endors tous les soirs eu pensant à lui...
Vraiment!... (Il regarde du côlé des papiers.) Alors, avant de l'.ivoir vu, tu n'avais pas déjà quelque joli petit nom tapi dans un pli de ton cœur?
LOUISE
Il y a écrit « Franqueyrol •> partout, dans mon cœur.
HENRI, se levant.
Parbleu ! je suis curieux de voir quelle mine il peut faire en entendant ces choses-là. (Il va vers les papiers.)
MADAME J G U R D E U I L
Comment?
LOUISE, se cachant dans les bras de sa mère.
Oh! maman, il était là...
Eh oui! il était là... Est-ce qu'ils ne sont pas toujours là en pareil cas? (A' Franqueyrol , en soulevant les papiers.) Eh bien! sortiras-tu, voyons?
FRAXQUEYROL, sur! de sa cachette, fàle, ému, se soutenant à peine.
Ah! mon ami...
HENRI, le soutenant.
Ah çàl est-ce que tu vas te trouver mal!... Les rôles sont donc renversés, ici... (Le conduisant vers Louise.) Tiens, regarde-la, elle n'est pas aussi troublée, elle...
LOUISE, montrant un œil.
Oh ! méchant frère, quelle trahison.