ACTE II, TABLEAU II, SCENE V
le galant veut les ravoir, il viendra me les demander. Comme ça, je le connaitrai.
BALTHAZAR
Ah! fou! triple foui.., (Chœurs au dehors.) Q.u'estce qu'ils ont donc à appeler, les bergers? (Regardant le ciel.) Au fait, ils ont raison. Voilà le jour qui va tomber... il faut rentrer les bétes. (A l'Innocent.) Attends-moi, petit, je reviens. (Il sort.)
SCÈ-7i.E V FRÉDÉRI, L'INNOCENT.
FRÉDÉKI, assis sur Us roseaux; l'Innocent mangeant un peu plus loin.
Tous les amoureux ont des lettres d'amour; moi, voilà les miennes. (Il tire les lettres.) Je n'en ai pas d'autres... Ah! misère!... J'ai beau les savoir par cœur, il faut que je les lise et les relise sans cesse. Cela me déchire, j'en meurs, mais c'est bon tout de même... comme si je m'empoisonnais avec quelque chose de délicieux.
l'innocent, se levant.
Là ! j'ai fini ; je n'ai plus faim.
FRÉDÉRI, regardant les lettres.
Y en a-t-il, de ces caresses, là-dedans, et des larmes, et des serments d'amitié ! Dire que tout cela est pour un autre, que c'est écrit, que je le sais et que je l'aime encore I (Avec rage.) C'est un peu fort pourtant, que le mépris ne puisse pas tuer l'amour! (Il lit les lettres.)
378 l'arlhsienne
l'innocent, venant s'uppiiyer sur Sun épaule.
Ne lis pas ça, ça fait pleurer.
Comment le sais-tu, que ça fait pleurer?
l'innocent, parlant lentement, avec effort. Je te vois bien, la nuit, dans notre chambre, quand tu mets ta main devant la lampe.
Oh! oh! le berger a raison de dire que tu t'éveilles. 11 faut prendre garde à ces petits yeux, maintenant.
l'innocent.
Laisse ces vilaines histoires, va. Moi, j'en sais de bien plus belles. Veux-tu que je t'en raconte une?
Voyons...
l'innocent, s'asseyant à ses pieds.
U y avait une fois... Il y avait une fois... C'est drôle, le commencement des histoires, je ne me le rappelle jamais. (Il prend sa petite tète à deux /nains.)
I- K É D É R I , lisant ses lettres. « Je me suis donnée à toi tout entière. » Oh 1 Dieu!
l'innocent.
Et alors... (Douloureusement.) Ça me fatigue datant chercher... Et alors elle s'est battue toute la nuit avec le loup, et puis, au matin, le loup l'a mangée,..
(U pose sa Icle sur les roseaux et s'endort. — Beiccuse à l'orchestre.)