B A L T II A Z A K
Oui, moi... J'ai connu cet affreux tourment de se dire : Ce que j'aime, le devoir me défend de l'aimer. J'avais vingt ans, alors. Dans la maison où je servais, c'était tout près d'ici, de l'autre main du Rhône. La femme du maître était belle, et je fus pris de passion pour elle... Jamais nous ne parlions d'amour ensemble. Seulement, quand j'étais seul dans le pâturage, elle venait s'asseoir et rire tout contre moi. Un jour, cette femme me dit : « Berger, vat'en 1... maintenant je suis sûre que je t'aime... » Alors, je m'en suis allé, et je suis venu me louer chez ton grand-père.
Et vous ne vous êtes plus revus?
B ALTIl AZAR.
Jamais. Et pourtant nous n'étions pas loin l'un de l'autre, et je l'aimais tellement, qu'après des années et des années tombées sur cet amour, regarde! j'ai des larmes qui me viennent encore en eu parlant... C'est égal ! je suis content. J'ai fait mon devoir. Tâche de faire le tien.
37^ l'arlésienne.
FRHDERI.
Est-ce que je ne le fais pas ? Est-ce moi qui vous parle de cette femme ? Est-ce que j'y suis jamais retourné? Q.uelquefois... la rage d'amour me prend. Je me dis: « J'y vais... » je marche, je marche... jusqu'à ce que je voie monter les clochers de la ville. Jamais je ne suis allé plus loin.
BALTHAZAR
Eh bien, alors, sois brave jusqu'au bout. Donnemoi les lettres.
Q.uelles lettres ?
Ces lettres épouvantables que tu lis nuit et jour et qui t'embrasent le sang au lieu de te dégoûter d'elle, de te calmer, comme le vieux croyait.
FRHÛÉRI, uprèi un iihnce.
Puisque tu sais tout, dis-moi le nom de cet homme, je te les rendrai.
BALTHAZAR
A quoi cela te servira-t-il ?
C'est quelqu'un de la ville, n'est-ce pas? quelqu'un de riche... Elle lui parle toujours de ses chevaux.
BALTHAZAR
Possible.
Tu ne veux rien me dire ; alors, je les garde. Si