ACTE II, TABLEAU III, SCÈN'E II
MARC, rentrant furieux.
Allons!... voilà notre allVit manqué... Trrr... Qu'est-ce qu'elle a donc de si pressé à me dire? Je suis sûr que c'est encore pour me parler de cette
Arlésienne. (Il se promène de long en large.) Ma foi 1 si
cela continue, la maison ne sera plus tenable. Le garçon ne desserre plus les dents, le grand-père a les yeux rouges, la mère me fait une mine... comme si
c'était ma faute!... (S' arrêtant devant L'équipage.) Est-
ce que c'est ma faute, voyons?...
l'équipage.
Oui, capitaine...
Comment! oui... Fais donc attention à ce que tu dis... Est-ce que je pouvais aller voir sous les sabots de cette margoton, pour savoir si elle avait perdu un fer ou deux en route?... Et puis, enfin, quoi!... En voilà des histoires pour une amourette ! Si tous les hommes étaient comme moi... Feu de Dieu!... Je serais curieux de la voir, la femelle qui me mettra le grapin dessus... (Bourrant L'équipage.) Et toi aussi, matelot, je suis sûr que tu serais curieux de la
voir... (Il rit, L'équipage rit, et ils se regardent.)
SCÈ-'K.E II Les Mêmes, V I V E T T E , n vec des paquets.
Déjà levé, capitaine...
MARC
Hél c'est notre amie Vivette... Où allons-nous donc de si bonne heure, misé Vivette, avec ces gros paquets?
VIVETTE
Je vais porter mon bagage au pontonnier du Rhône... Je pars par le bateau de six heures.
MARC
Vous partez ?
Mais oui, capitaine, il faut bien.
MARC
Comme elle dit cela gaiement : Il faut bien! Et vos amis de Castelet, cela ne vous fait donc pas gros cœur de vous en aller d'eux?
VIVETTE
Ah 1 que si fait; mais il y a là-bas, à Saint-Louis, une brave femme qui s'ennuie d'être seule, et cette idée me donne du courage pour partir... Ah! bonne mère! mais, j'y songe. Et le feu qui n'est pas fait... Et la soupe des hommes... Justement, ce matin, la chambrière qui est malade... vite, vite..".
MARC
Voulez-vous que je vous aide?...
VIVETTE
Volontiers, capit.aine. Tenez, là-bas, derrière hi porte, deux ou trois fagots de sarment.