ACTE II, TABLEAU III, S C È K E V
Il a que c'était au-dessus de ses forces de renoncer à son Arlésienue. Il a que cette lutte l'épuisé... que cet amour le tue.
Tout ça ne nous dit pas de quoi il meurt. On meurt d'une pleurésie, d'un palan qui vous tombe sur la tête, emporté par un coup de mer; mais, que diablel... un garçon de vingt ans, solidement amarré sur ses ancres, ne va pas se laisser glisser pour une contrariété d'amour...
ROSE
Tu crois, Marc ?...
MARC, riant.
Ah I ah! il faut venir en Camargue pour rencontrer encore ces superstitions-là. (Légèrement). Écoutez ceci, soeurette ; c'est la romance à la mode cet hiver à l'alcazar Arlésien... (Avec prétention.)
Heureusement qu'on ne meurt p.is d'amour, Heureusement (his) qu'on ne meurt pas d'amour.
(Un silence de mort.)
BALTHAZAR, dam la cheminée.
Ça chante bien, les tonneaux vides.
MARC
Hein?...
ROSE
Ta chanson est une menteuse, Marc. Il y a des beaux vingt ans qui meurent d'amour, et même le
L ARLESIENNE
plus souvent, comme ils trouvent cette mort trop lente, ceux qui sont atteints de cet étrange mal se débarrassent de l'existence, pour en avoir plus tôt fini...
FRANCET MAMAÏ
Est-ce possible, Rose?... Tu crois que l'enfant...
ROSE
11 a la mort dans les yeux, je vous dis. Regardezle bien, vous verrez. Moi, voilà huit jours que je le surveille, j'ai fait mon lit dans sa chambre, et la nuit je me lève pour écouter... Croyez-vous que c'est vivre, cela, pour une mère? Tout le temps, je tremble, j'ai peur de tout pour lui. Les fusils, le puits, le grenier... D'abord, je vous préviens, je vais la faire murer, cette fenêtre du grenier... On voit les lumières d'Arles de là-haut, et tous les soirs l'enfant monte les regarder... Ça m'effraye... Et le Rhône... Oh! ce Rhône! j'en rêve, et lui aussi il en rêve. (Bas.) Hier, il est resté plus d'une heure devant la maison du pontonnier, à regarder l'eau avec des yeux fous... Il n'a plus que cette idée dans la tête, j'en suis sûre... s'il ne l'a pas fait encore, c'est que je suis là, toujours là, derrière lui, à le garder, à le défendre, mais maintenant je suis à bout de forces, et je sens qu'il va m'échapper.
FRANCET MAMAÏ
Rose! Rose!...
Écoutez-moi, Francet. Ne faites pas comme Marc. Ne levez pas les épaules à ce que je vous dis... Je le connais mieux que vous, cet enfant, et je sais ce