ACTE III, TABLEAU IV, SCÈNE IV
F R É D É R I , bas.
Oui...
Et l'autre?... celle qui t'a fait tant de mal, tu n'y penses plus jamais?...
FRÉDÉRI.
Je ne pense qu'à toi, Vivette.
Oh! pourtant...
FRÉDÉRI.
Sur quoi veux-tu que je te le jure?... tu esseulé dans mon cœur, je te dis... Ne parlons pas de ce vilain passé. Il n'existe plus pour moi.
VIVETTE
Alors, pourquoi gardes-tu des choses qui te le rappellent?
FRÉDÉRI.
Mais... je n'ai rien gardé.
VIVETTE
Et ces lettres que tu as là?...
FRÉDÉRI, stupéfait.
Comment, tu savais donc!... Oui, c'est vrai, je les ai gardées longtemps. C'était comme une curiosité mauvaise que j'avais de connaître cet homme ; mais à présent, regarde. (Il ouvre sa blouse.)
VIVETTE
Elles n'y sont plus!...
414 L ARTESIENNE
FREDERI.
Balthazar est allé les rendre ce matin.
Tu as fait cela, mon Frédéri? (Lui sautant au cou.) Oh! que je suis heureuse... Si tu savais comme elles m'ont fait souffrir, ces lettres maudites..., quand tu me prenais contre ton cœur et que tu me disais : « Je t'aime I » Tout le temps, je les sentais Là sous ta blouse, et cela m'empêchait de te croire.
FRÉDÉRI .
Ainsi tu ne me croyais pas, et pourtant tu voulais bien devenir ma femme?
VIVETTE, souriant.
Cela m'empêchait de te croire ; mais cela ne m'empêchait pas de t'aimer...
FRÉDÉRI.
Et maintenant si je te dis : « Je t'aime! » est-ce que tu le croiras?...
VIVETTE
Dis-le, voyons.
Ali! chère femme... (Il la, scnc contre sa j'oitiinc, puis tous deux étroitement enlacés, ils marchent à petits pas cl disparaissent une minute derrière les hangars.)