ACTE III, TABLEAU IV, SCÈNE V
SCE-lsLE V
Les Mêmes, le Gardien, BALTHAZAR.
Milifio entre vivement, fait quelques pas dans la cour déserte, tuis va pour frapper d la maison, quand la porte s'ouvre et Baltha^ar parait.
BALTHAZAR, se retournant.
C'est toi!... qu'est-ce que tu veux?
LE gardien.
Mes lettres. (A ce movienl, le groupe des amoureux rentre en scène.)
BALTHAZAR
Comment! tes lettres?... mais je les ai portées à ton père ce matin ; tu ne viens donc pas de chez vous?
LE GARDIEN
Voilà deux nuits que je couche à Arles.
BALTHAZAR
Ça dure donc toujours?...
LE GARDIEN
Toujours...
BALTHAZAR
J'aurais cru pourtant qu'après cette histoire des lettres...
4i6 l'arlésienne
LE GARDIEN
Quand c'est pour elles qu'on est lâche, les femmes vous pardonnent toutes les lâchetés.
Alors, grand bien te fasse, mon garçon. Ici, grâce à Dieu, nous en avons fini avec cette folie-là. L'enfant se marie dans quatre jours, et cette fois il prend quelqu'un d'honnête. '
LE GARDIEN
Ail! oui, il est bien heureux, lui. Ce doit être si bon de s'aimer librement, à la face du ciel et des hommes, d'être fier de ce qu'on aime, et de pouvoir dire au monde qui passe : « C'est ma femme, regardez-làl » Moi, j'arrive la nuit comme un voleur. Le jour, je me cache, je rôde autour d'elle, et puis, quand nous sommes seuls, ce sont des scènes, des querelles: « D'où viens-tu?... Qu'as-tu fait?... Q.uel est cet homme à qui tu parlais?... » Et des fois qu'il y a, au milieu de nos caresses, il me vient des envies de l'étouffer pour qu'elle ne me trompe plus... (Ici, le groupe enlacé des amoureux parait, iraversanl la scène dans le fond.) Ah I l'horrible vie de mensonge et de méfiance ! Heureusement, ça va finir. A'Iaintenant nous allons vivre ensemble, et m.alheur à elle si...
BALTIIAZAR.
Vous vous mariez?...
LE GARDIEN
Non, je l'enlève... Si tu es aux bergeries cette nuit, tu entendras une fière galopade dans la plaine. J'aurai la belle en travers de ma selle, et je te réponds que je la tiendrai solidement.