‹ ThéâtreChapitre 226 sur 235 · ACTE III, TABLEAU IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE III, TABLEAU IV, SCENE V

B ALTIIAZAR.

Elle t'aime Jonc bien , cette Arlésienne maudite?...

FRÉDÉRI, s'arrclanl dans U fond.

Oh!

LE GARDIEN

Oui... c'est son caprice du moment. Et puis, un enlèvement, ça lui va. Courir les grandes routes à l'aventure, rouler d'auberge en auberge, le changement, la peur, la poursuite, voilà ce qu'elle aime surtout. Elle est comme ces oiseaux de la mer qui ne chantent que dans les orages...

FRÉDÉRI, bas, avec fureur.

C'est lui!... enfin !...

Viens... ne reste pas là!

FRÉDÉRI, la repoussant.

Laisse-moi 1

Ah! il l'aime encore... Frédéri...

FRÉDÉRI,

Va-t'en... va-t'en donc! (Il la pousse dans ta maison, puis revient écouter.)

LE GARDIEN

Moi, ce voyage me fait peur. Je pense au vieux, qui va rester seul, à mes chevaux, a ma cabane, et à la belle vie d'honnête homme que j'aurais menée là-bas, si je ne l'avais pas rencontrée.

4i8 l'arlésienne

BALTUA2AR.

Pourquoi partir, alors? Fais ce que le nôtre a fait. Renonce à cette femme, et marie-toi.

LE GA RDIEN.

Je ne peux pas... Elle est si belle 1 FRÉDÉRI, bondissant.

Je ne le sais que trop, qu'elle est belle, misérable... Mais quel besoin avais-tu de venir me le rappeler? (Avec un rire de rage.) Un paysan 1... C'était un paysan comme moi!... (Marchant vers lui.) Ahl mon bonheur te fait envie, et c'est en sortant de ses bras que tu viens me le dire, quand tu as encore sur ta bouche ses baisers de la dernière nuit. Mais tu ne sais donc pas que, pour un de ces moments de passion dont tu me parles, pour une minute de ta vie à toi, je donnerais toute la mienne, tout mon paradis pour une heure de ton enfer... Maudit soistu d'être venu, maquignon de malheur!... C'est encore pis que de l'avoir vue elle-même... tu me rapportes avec son haleine l'horrible amour dont j'ai manqué de mourir. Maintenant, c'est fini, je suis perdu. Et pendant que tu courras les routes avec ton amoureuse, il y aura ici des femmes en larmes... Mais non ! ce n'est pas possible, cela ne sera pas. (Sautant sur un des gros marteaux avec lesquels on a planté les mais.) Allons, défends-toi, bandit, défends-toi, que je te tue, je ne veux pas mourir seul. (Le gardien recule. ■ — Toute cette scène est fresque couverte par le bruit des tambourins qui arrivent.)

B A L T H A Z A R , se jetant sur Frédéii.

Malheureux, que vas-tu faire?

Page 1