ACTE III, TABLEAU V, SCÈNE II
ROSE
Oui... cette espèce de bohémien, ce gardien de chev.^ux... Cela t'a foit du mal, de le voir... n'est-ce pas î
B.ihl C'a été un moment, une folie... Et puis, tiens! je t'en prie, ne me fais pas parler de ces choses... J'aurais peur de te salir en remuant toute cette boue devant toi.
ROSE
Allons donc ! est-ce que les mères n'ont pas le droit d'aller partout sans se salir, de tout demander, de tout savoir?... Voyons, parle-moi, mon enfant. Ouvre-moi bien ton cœur. Il me semble que, si tu me parlais un peu seulement, moi, j'en aurais si long à te dire... tu ne veux pas?
FRÉDÉRI, doux et triste.
Non, je t'en prie. Laissons ça tranquille.
ROSE
Alors, viens... descendons...
FRÉDÉRI.
Pour quoi faire?
ROSE
Ah ! je suis peut-être folle, mais je trouve que tu as un mauvais regard, cette nuit. Je ne veux pas que tu restes seul... viens aux lumières, viens... D'abord, tous les ans, pour Saint-Éloi, tu me fais faire un tour de farandole. Cette année, tu n'y as pas pensé. Allons, viens. J'ai envie de danser, moi... (Avec un sanglot.) J'ai bien envie de pleurer aussi.
424 L ARLESIENNE
Ma mère, ma mère, je t'aime... ne pleure pas... Ah 1 ne pleure pas, bon Dieu I
ROSE
Parle-moi donc, alors, puisque tu m'aimes.
Mais que veux-tu que je te dise?... Eh bien, oui, j'ai eu une mauvaise journée, aujourd'hui. Il fallait bien s'y attendre. Après des secousses pareilles, on n'arrive pas au calme tout d'un coup. Regarde le Rhône, les jours de mistral ; est-ce qu'il ne s'agite pas encore longtemps après que le vent est tombé? Il faut laisser aux choses le temps de s'apaiser... Voyons, ne pleure pas. Tout cela ne sera rien... Une nuit de bon sommeil à poings fermés, et demain il n'y paraîtra plus... Je ne songe qu'à oublier, moi, je ne songe qu'à être heureu.\.
ROSE , gravement.
Tu ne songes qu'à ça ?
FRÉDÉRI, Aétouniant la tête.
Mais oui...
ROSE, le fuililiant jusqu'au fond des yeux. Bien vrai ?
Bien vrai.
ROSE, trisleiiienl.
Tant mieux, alors...