SCÈNE VII
BRIGITTE
Embrasse-moi vite alors : je n'ai pas de temps à perdre pour mon diner. Père Brèchemain, tu vas envoyer Guillaume à la basse-cour et toi-même iras tordre le cou à ta plus belle salade.
EUSTACHE
Oh! les salades de Brèchemain! j'en ai la bouche encore toute parfumée...
B R È C H 1-; M AIN
Et mes pois gourmands, dont vous parliez dans votre lettre? c'est ça qui est fameux.
BRIGITTE
Surtout servi dans ces belles assiettes à fleurs bleues, que ton oncle aimait tant. (Mouvement d'Eustaclie.) Qu'as-tu ?
Rien... J'ai faim.
Pauvre Eustache ! tout le monde songe à lui faire fête, personne à lui faire à diner.
BRIGITTE
Elle a raison; allons! Brèchemain, à ta salade...
C'est juste; à vos fourneaux, dame Brigitte...
LÉONARD, toussant pour montrer qu'il est là.
Hum! hum !
BRIGIT TE .
Oui, oui, Léonard ; c'est convenu, vous dînerez avec nous.
C'est beaucoup d'honneur, dame Brigitte.
BRIGITTE, à Brèchemain.
nii bien ! qu'est-ce que tu fais là?
Dam! puisque vous restez...
Allons! bon, vous verrez que ce fameux diner s'en ira en conversations.
BRIGITTE
Je m'en vais. (Elle s'éloigne, et rex'ieni sur ses pas.) A propos, Eustache.
BRftCllEMAIN, revenant.
Hein?
Jt R I G I r T E , Rien... rien... (F.lle sort à gauche et Uréi-hemain par te fond.)
SCH'N.n J'III SUZI-.ITE, Ll-:ONARD, EUSTACHH.
EUSTA Cil E .
Çi ! ma petite Suzon, puisque c'est toi qui me tiens compagnie, viens t'asseoir ici, prés de moi, sous
ce grand rayon de soleil qui nous a vus tant de fois rire et jouer ensemble... Je te dis que c'est le mêine, je le reconnais. (Su^eiie s'approchant ih lui.) Enfin, je vais pouvoir te regarder à mon aise et reprendre où nous l'avions laissé notre cher bavardage du temps jadis!... Oh! Suzette, si tu savais de combien de bonnes choses j'ai le cœur rempli, et quel ineffable plaisir j'éprouve à me trouver ici... tout ce qui m'entoure, ces meubles, ces vieux meubles sous lesquels nous courions comme un couple de souris, ces chers coins où l'on se blottissait pour lire Rohinson Crtisoé, cette t.-ipisserie, ces dessins, ces fleurs, toutes ces choses de mon passé, je les reconnais et je les aime... toi aussi, toi surtout, Suzette, ma jolie Suzette d'autrefois, ma belle Suzette d'aujourd'hui, je te reconnais.
LÉONARD, )«é»;c feu que précédemment.
Huml hum!
EUSTACHE, baiisanl la voix.
Voici par exemple un meuble nouveau, que je ne reconnais pas et que je n'aime guère...
SUZETTE, même Ion.
Oh ! il n'est pas gênant.
EUSTACHE
C'est égal, je demande qu'on le déménage...
SUZETTE , hllll.
Léonard !
LÉONARD
Demoiselle Suzette?...
M. le pasteur n'est pas prévenu que vous dînez avec nous, vous feriez sagement, je crois, d'aller l'avertir.
LÉONARD
J'y vais de ce pas, demoiselle Suzette.
A revoir, monsieur Léonard.
LÉONARD
Bonjour, tout le monde. (Il sort.)
SCÈTsLE IX SUZETTE, EUSTACHE.
EUSTACIIE.
Il vient ici tous les jours, ce grand dadais?
SUZETTE
Et même plusieurs fois par jour.
E u s T A c II E .
l'our quoi faire?
SUZETTE
Ça l'amuse.
EUSTACHE
Et toi, cela t'amuse-t-il?