SCÈNE IV
vers ! Mais parle, parle vite, je t'en prie, tu me fais mourir.
Ah! misère et malheur!... et moi qui ne lui disais rien !... La joie de le revoir m'a donc rendu fou 1
DOMINIQUE, à part, nvtiiclaiil aiiloiir île lui arec inquic'tiidc .
Pourquoi Suzanne... n'est-elle pas ici?... (Il court vers la porte du fond et appelle.) Suzanne !... Suzanne !... (Revenant stihitenient vers André.) Suzanne ! OÙ est Suzanne, André ?
ANDRÉ
Mais Suzanne est morte !
DOMINIQUE
Morte ! Suzanne est morte ! due dis-tu là ? c'est impossible ! Ce n'est pas vrai ; je t'en supplie, André, dis-moi que ce n'est pas vrai...
Suzanne est morte.
DOMINIQUE
Miséricorde ! Et c'est pour entendre cela que je suis revenu... Ah ! les pauvres absents apprennent parfois d'étranges nouvelles au retour. (Silence.) Frère, donne-moi ta main, ta chère main dans la mienne. Va, le coup qui t'a frappé me frappe cruellement aussi, oh ! bien cruellement, je te le jure. Mais n'importe ! A travers nos larmes, il faut encore bénir le ciel qui m'envoie vers toi pour t'aidcr à porter ta
1/0 LU FKliKE AINE
douleur. Q.uaui.1 un pleure à plusieurs, vois-tu, les larmes sont iiioiiis aniéres. (Laissant aller lu main d'Amlri.) Dis-moi, il y a donc bien longtemps qu'elle est morte, que tu ne portes déjà plus son deuil ?
AN U K li , à thiiii-tvis.
Il y a trois ans.
Trois ans... «rand Dieu !
Et impossible de te l'apprendre; savais-je où tu étais ?
D o M IM Q.U IL , vravcnu'nl, ap-i-s mit: pause.
C'est égal, frère, c'est égal, le deuil d'une affection pareille doit se porter éternellement. Tu as eu tort de quitter le deuil.
ANDRÉ, iC ih'lviiiihinl, à pail.
Ail ! maintenant, comment lui dirai-je ? CÀmnneiit pourrai-je lui avouer >
IJ o i\r I N I y-U E , aire cxulhition.
Certes, celui qui dira que ce n'est pas la nuiin du Dieu sauveur des hommes qui tout à l'heure m'a retenu ici, malgré moi, celui-là eu aura bien menti... Morte !... morte !... Il y a de ces mots qu'on prononce sans pouvoir les comprendre.
SCE-N..E F DOMINiaUE, ANDRÉ, MASCARAT.
>:ASCARAT, rhns la cnrilissc. Il chcinle.
Ali ! qu'il est beau ! (his) Le postillon de
// s'arrête sur k pas de la porle, aljiihh' d'une reste de posiiUoii, tin fouet dans la main gauche, et portant une caisse sur l'épaule.
Mesiicur,;, Li voiture est à l.i porte, et...
Va-t'en ! v.i-t'en !
>r A s c A K A T , s'aperce-rant de l'émotion d'André et des larmes de Dominique, à part.
Bon ! le venta tourné... nous sommes à la pluie, maintenant.
M"as-tu entendu r je t'ai dit de t'en aller.
MASCARAT, présentant la boite à D.ininique.
Mais, monsieur, c'est la boîte... la petite boîte... qu'on m'avait dit d'apporter.
DOMIXIQUE, relevant la léle.
Qu'y a-t-il encore ? que nous veut cehii-l.'i } Ah ! oui, oui, je sais ce qu'il apporte. Par ma foi, cela ne saurait venir plus à propos! (Pienan! la holte.) De-
172 LE KRHKE AINE
ville ce qu'il y a là-dedans? C'est tout des bijoux, des colliers... des coliiicliets pour... la morte... (Roiliant la hiîie à Mascnnu.) Les romanciers trouvent de ces choses-là, pourtant I
A N D R 1'; , aiïv iloiiceiir,
Mascarat, va-t'en, je t'en prie.
Je m'en vais, je m'en vais... je voulais vous dire seulement que Madame est dans sa chambre, et...
1) O M I N I U U E , iliipéfiiil.
Madame !
AN'IJKh, iélaitaiiil vers lui.
Oui... oui... je t'apprendrai... comment...
MASCARA r .
Et comme je me doutais que ces Messieurs voulaient lui faire une surprise, je tenais à les prévenir avant qu'elle descendit.
c;i.A IK 1; , au dcliun.
J'ai deviné, je suis sûre que j'ai deviné.