SCÈNE IV
qui sera la mienne désormais. Oh! comme nous allons vivre heureux, tous les trois!
Oui, bien heureux... Et dire pourtant que je t'ai détesté! Oui, j'ai passé des mois entiers à te détester, mais, là, sincèrement. Le croirais-tu? j'avais défendu qu'on prononçât ton nom devant moi ; il est vrai que j'étais le premier à oublier cette défense.
D O.MINIQ.UE, baissant la ivix.
Elle a dû bien m'en vouloir, elle aussi, n'est-ce pas?
AXDRl-, s'arrête un incluent et le regarde.
Elle? Elle?... Tu parles de Suzanne?
Parbleu I
Oh! la pauvre ame, certes, non! elle ne t'en voulait pas. Est-ce qu'elle a pu jamais en vouloir à quelqu'un?
DOMINIQUE
C'est vrai, mais elle t'aimait tant qu'elle aurait bien pu me haïr uii peu par amour pour toi...
Non, non, je ne le crois pas, je ne crois pas qu'elle t'en ait voulu... D'ailleurs, Suzanne ne parlait presque jamais de toi, elle ne prononçait ton nom que rarement, de peur de m'affliger, sans doute.
l68 LEI-RÈREAINÉ
T)OMINIQUK, i^Mf rcs derniers mois ont fait Iressaillir,
Oui, je comprends. (Court silence.) Comme vous vous aimiez, André, quand je suis parti.
AND Kl';, baissant la tète.
C'est vrai, nous nous aimions bien.
noMINIQUi;, le regardant alleiilivriiient. Ht maintenant, tu es toujours aussi heureux?
ANDRÉ
Pourquoi me demandes-tu cela, Dominique? Tu sais bien que je ne puis pas répondre.
DOMINIQUE
Y songes-tu, frère? que viens-tu de me dire? Estce que ton bonheur n'est pas le mien? Pourquoi ne veux-tu pas que je te demande si tu es heureux?
ANDRÉ, atec effort.
Est-ce de mon bonheur présent, est-ce de mon bonheur passé, que tu veux que je t'entretienne?
Je... ne... te comprends pas, André !... tes paroles sont singulières. A t'cntendre, on dirait qu'il s'est passé dans ta maison quelque cliosc que j'ignore...
A N D K H , e/faré.
Comment 1... Tu ne sais pas?
Quoi? que veux-tu que je sache? Moi, qui" ai vécu quatre ans loin d'ici, à l'autre bout de l'uni-