‹ ThéâtreChapitre 84 sur 235 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

ANDRÉ, se meliaiil cUvanl lui.

Voyons, frère, reviens à toi, parle-moi, dis-moi ce que je t'ai fait, ce que m me reproches... Mais, au nom du ciel ! ne t'en va pas ainsi.

DOMINIQUE, nicniitit avec lui sur le milieu delà Sièiie,

Tu veux que je parle ?

ANDRÉ

Oui, je le veux.

Alors, écoute. Te souviens-tu des belles histoires que je te racontais, quand tu étais petit? Eh bien! c'est une histoire de ce genre que je vais te conter avant de partir. C'est la dernière, par exemple, la dernière. Ecoute bien : 11 y avait deux frères qui s'aimaient beaucoup... Le sort les ayant faits orphelins de très bonne heure, l'aiué de ces deux enfants servait de père à l'autre et lui avait donné sa vie. Un jour pourtant, qui l'aurait cru I dans cette ànie vouée à l'amour fraternel, naquit une atfection d'un autre genre. L'aiiié des deux frères aima; il aima éperdument, mais tout d'abord lutta contre son amour. Le pauvre homme se disait que c'était mal, qu'il n'avait pas le droit d'être épris de la sorte, que son ancienne affection allait être sacrifiée à la nouvelle, et mille beaux scrupules de ce genre. Or, tandis qu'il luttait ainsi dans le plus profond de son ànie... et la lutte était rude, car la passion le tenait bien ! son frère, un matin, vint se jeter dans ses bras avec le beau cri de guerre des amoureux de vingt* ans : « J'aime et je suis aimé ! — ^ Et le nom de celle que tu aimes ? » lui demanda l'ainé en souriant.

Ce nom, quand il le sut, le lit devenir tout pnle... ils aimaient la même femme tous les deux.

ANT)UK, s'i'laiirniil ivo /((/.

Q.UC dis-tu r

C I. A I R i: , his.

Je comprends, maintenant.

DOMINIQUE

Devant l'aveu de son frère, l'aîné de nos amants crut devoir refouler sa passion dans son .âme. Comme il n'avait parlé de cet amour à personne, personne ne sut ce qu'il souffrit. D'ailleurs, il parait qu'il fit très bien les choses, et ceux qui étaient près de lui l'ont toujours vu sourire... Pendant un mois, les autres s'aimèrent sous ses yeux... il regarda tout en souriant. Pendant un mois, on parla d'avenir et de bonheur devant lui... il écouta tout en souriant. I.e jour des noces arriva, il souriait encore. Le prêtre unit les deux amants, il souriait toujours. Mais quand le soir fut venu, un peu las d'avoir tant souri et ne pouvant sourire davantage, le pauvre aîné s'enfuit de la maison paternelle, en pleurant toutes les larmes de son corps.

A NU Kl'., Siiiiololciiil.

Tais-toi !... Tais-toi 1...

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